L’ORGANISATION DE LA VIE FESTIVE, UNE VIEILLE TRADITION !

Aussi loin que remontent les souvenirs, une des images marquantes de la ville a toujours été la fête. Pas la fête en tant que débauche ou excès mais la fête comme moment privilégié de rencontre, de détente, de loisirs baignant dans la plus grande convivialité. Et si la réputation festive de Torcy remonte à fort loin c’est sans doute parce que rien, en ce domaine, n’a jamais été laissé à l’improvisation.
Durant tout le 19è siècle cette réputation consiste principalement en la fête communale qui est soigneusement préparée par les jeunes gens de la commune regroupés au sein d’une Commission de la Fête se réunissant soit en Mairie, soit dans un des cafés de la ville. Ces « jeunes » sont les « conscrits », c’est à dire ceux de 20 ans appelés à se rendre sous les drapeaux pour effectuer leur service militaire. A l’époque, partir au service n’est pas une mince affaire puisque le temps à passer sous les drapeaux est de … 5 ans !! Fort heureusement tous ne sont pas concernés puisque l’incorporation (ou non) se décide par tirage au sort. Et si l’on tire le « mauvais numéro », il existe toujours le « remplacement », c’est à dire se faire remplacer, moyennant finances. Mais ce système de tirage au sort a fait l’objet de tant de passe-droits qu’au final les dispensés émanent presque toujours des milieux aisés. Et cela ne fait que s’amplifier à partir de 1872 et de la suppression dudit « remplacement ». Or, à Torcy, on ne peut guère dire que les jeunes sont majoritairement issus de la bourgeoisie et c’est ainsi qu’en 1892, les «conscrits» torcéens, conscient que le service militaire les éloignent trop longtemps du village, créent une révolution locale en ne voulant plus présider à l’organisation des réjouissances communales.

































(ci dessus de gauche à droite et de haut en bas) Les conscrits de 1927, 1928, 1929 et 1930. Même si les conscrits n'ont plus le premier rôle dans l'organisation de la fête communale depuis le tournant du 20è siècle, ils n'en restent pas moins des acteurs importants en s'occupant notamment de la vente des brioches.

Cette décision provoque aussitôt une réunion d’urgence du Conseil Municipal qui rejette l’idée de confier cette organisation à de « plus jeunes » gens car « enfants sans expérience » et décide, à travers une Commission Municipale des Fêtes, « de prendre en charge l’organisation et de supporter tous les frais inhérents à ces trois jours de festivités ». Comment est composée cette Commission ? Du Maire, bien sûr, qui en assume la présidence d’honneur, mais aussi d’autres Elus et d’un groupe de bénévoles.

Bénévoles étant d’ailleurs un bien grand mot car jusqu’à la seconde guerre mondiale, faire partie de la commission des fêtes est un honneur qui réclame paiement d’une cotisation dont le montant est loin d’être symbolique puisque qu’en 1927, il s’élève à 50 francs (cela représente l’équivalent de 2 jours de salaire d’un ouvrier). A cela, il faut ajouter les nombreuses heures à consacrer aux préparatifs. Par contre, il y a aussi quelques avantages à commencer par la considération et le respect accordés à ceux qui se dévouent pour le bien commun mais aussi, et surtout, par les nombreux banquets qui, pour une raison ou une autre, émaillent toutes les étapes de l’organisation.
La Fête communale, puis, au fil des ans, les autres festivités, vont rester, jusqu’en 1967, sous l’égide de la Commission des Fêtes. Puis, le relais va être pris par l’association du Comité des Fêtes qui aujourd’hui encore est le moteur des évènements festifs torcéens.
Le premier Président du Comité des Fêtes fut Louis Jacob. Puis vont lui succéder Klébert Guyot, René Dejoux, Pierre Mathé, Thierry Omnes, Gérard Burlet et Philippe Aumard.

 
Que trouve t-on à la fête ?

Personne n'oublie dans le Canton (et même au delà) la dernière fin de semaine (on ne dit pas encore « week end » !) du mois d'août, celle incluant le dimanche de la Saint Barthélemy. Car elle a fière allure la fête de Torcy ! D'abord et avant tout grâce à ses manèges. Durant le 19è siècle, ceux-ci consistent principalement en des carrousels. Il y a ceux pour les enfants avec leurs vaches aux cornes dorés et leurs tigres aux yeux de verres. Quant à ceux pour les adultes, leurs chevaux de bois rivalisent de couleurs et c'est à qui réussit à monter sur celui qui va le plus haut.
A côté de ces attractions où la durée des « tours » confinent à l'éternité (quelle différence avec aujourd'hui !), il y a l'obligatoire baraque de tir où chacun peut s'exercer au maniement du fusil Flobert, ancêtre de la « 22 Long Rifle ». Puis dans un joyeux mélange des genres, on trouve le « jeu de massacre » avec ses figurines « têtes de turc » de la société d'alors (gendarmes, curés, belle mère ou percepteurs), les loteries qui font gagner des bibelots, paquets de confettis ou verres de pralines, les stands de friandises avec leurs gaufres à la vanille, berlingots chatoyants ou bonshommes en pains d'épices sur lesquels le confiseur inscrit le prénom en sirop de sucre.
Avec un peu de chance, on assiste au numéro de l’Hercule ou on se mesure, en pure perte, au lutteur de foire. Parallèlement à tout ceci, la fête c’est aussi la vente des brioches par les « conscrits » (puis, plus tard, par les bénévoles du Comité) et surtout, les quatre jours de bal (payants les vendredi, samedi et dimanche soirs, gratuit le lundi soir). Dans la première moitié du 20è siècle, les manèges vont (arrivée de l’électricité et du moteur à vapeur puis à essence obligent) se diversifier.
Les forains vont en conséquence s’organiser et réserver les plus beaux manèges aux communes assurant les meilleures animations, celles garantissant la présence d’un public nombreux. C’est ainsi que selon le témoignage d’un ancien, « à Torcy on a même vu les « montagnes russes » (en réalité, ce sont les premiers « manèges chenilles » qui ont porté ce nom, bien avant les « roller coasters et autres « grand huit ») Et la présence de ces manèges « de rêve » n’a rien de surprenant puisque, très rapidement, s’ajoutant au défilé d’ouverture faisant appel aux fanfares du secteur, il va y avoir l’élection de la Reine de Torcy, le feu d’artifice du dimanche soir et surtout, le grand défilé de chars fleuris. (Voir la page "Reines et Défilés") Petit à petit, la fête communale, du fait des vacances d’été comme de l’importance grandissante de la télévision ou de l’accroissement des possibilités de loisirs, voit la disparition progressive de son public. En 1990, pour enrayer ce déclin et tenter de renouer avec le succès passé, Thierry Omnes, Président du Comité des Fêtes, décide de déplacer la fête au premier week end suivant la rentrée scolaire de Septembre. Puis deux ans plus tard, il en fait le premier rendez vous de quatre semaines de festivités - les « Torcy Folie’s » (ci-contre les brochures promotionnelles pour les éditions 1992, 1993 et 1994) - s’achevant par le Troc et Puces, le premier dimanche d’octobre.
Grâce à cela, grâce aussi à la recherche d’attractions inédites (saut à l’élastique, foire du terroir, spectacle de cascade, montgolfière, baptême de l’air en hélicoptère …), la fête va retrouver, jusqu’en 1995, un second souffle.

Une renommée au delà de la commune

Une des caractéristiques de la fête torcéenne peut être résumée dans ce proverbe «on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre», autrement dit si on veut atteindre le succès il faut d’abord y mettre les moyens. Pour s’en convaincre, arrêtons nous un instant, sur le budget « Fête communale » en 1927, 1974 et 1994.

Le 28 Août 1927, le Bureau des Fêtes sous la présidence de Robert Massart et du Trésorier, Jean Jacob, dépense 9300 francs (5130€ 2004 équivalent de 33.650 « ex » Francs) pour une recette équivalente. Les dépenses couvrent, pour 75%, les salaires et repas des musiciens, l’achat des brioches comme celui des billets et lots de la loterie ou bien des friandises pour les enfants. Cette année là (bien que le cahier de comptes ne soit pas très explicite) il semble bien qu’il y ait eu, en plus, des « baptêmes de trajet en voitures » avec un photographe pour immortaliser le vécu de cette « inoubliable aventure ». Le quart restant des dépenses est réparti en quatre banquets réservé aux membres organisateurs (un lors des premiers préparatifs, deux à l’occasion de la fête dont un le jour de la st Barthelemy, et le dernier à la clôture des comptes). Il est à noter que les achats sont manifestement faits avec le souci de faire travailler tous les commerces locaux. A titre d’exemple, les « banquets » et les achats de boissons comme lots pour les billets de loterie ont été soigneusement répartis entre les 17 cafés ou restaurants de la ville !

En 1974, le Président René Dejoux consacre 17.200 francs (11.830€ 2004, équivalent de 77.600 « ex »francs) pour acheter des brioches et paquets de confettis, assurer la venue de fanfares, groupes de majorettes et musiciens pour animer les 2 bals (le troisième – le traditionnel bal gratuit du Lundi - ayant été supprimé car « une bande de jeunes venant des environs avait l’intention de provoquer les membres du Comité des Fêtes »). La recette va être de 23.000 Francs principalement assurée par quelques généreux donateurs, la vente des brioches, de paquets de confettis et les entrées de bals. Quoique pour ces dernières, il « faut bien convenir qu’elles n’ont plus le même rendement et qu’il va falloir trouver d’autres ressources pour pouvoir assurer la fête sans qu’il en coûte à la commune » ! Les bénéfices de la fête sont utilisés pour améliorer le colis de noël des anciens.

















(ci dessus) Un rassemblement de véhicules militaires en 1989. (ci dessous, à gauche) Le numéro de l'arbalétrier durant le tournoi de chevalerie en 1992 (ci-dessous, au centre) Le championnat de France des voitures à pédales en 1990. (ci dessous, à droite) Le numéro de cascade réalisé, à partir des chateaux d'eau de la place du Jeu de Paume, par le torcéen Dominique Fouassier, à l'occasion des Torcy Folie's 1994. (Toutes photos, Collection Gérard Burlet)






































(ci dessus, à gauche) L'inauguration de la Foire Commerciale 1992 par les Coco Girls. (ci-dessus, à droite) Vue aérienne de la fête de la place du Jeu de Paume en 1994. (ci-dessous) Le concours d'élégance de voitures anciennes 1991 présidé par le comédien violoncelliste Maurice Baquet - blouson blanc au milieu du jury sur la photo de gauche. (Toutes photos Collection Gérard Burlet)

































(à gauche) Le concours d'élégance de voitures anciennes 1993. (à droite) Une partie de l'équipe du Téléthon 1991. Une manifestation comprenant un relai entre un saut collectif en parachute à la Ferté Gaucher, une course cycliste entre La Ferté et Bussy Saint Georges, une marche de nuit (avec le torcéen, vainqueur du Paris Colmar, Noël Dufay) passant par toutes les communes du Canton, une descente de nuit de la Marne, à la nage (exploit réalisé par le torcéen Jean Marc Pouchain, dans une eau à 5° !) entre Torcy et Joinville, et, enfin, une course à pieds entre le quai de la Halle aux Vins de Paris et le Parc de la Villette. Une organisation chapeautée par Thierry Le Bon et qui a rassemblé pas moins de 400 bénévoles !  Voir vidéo ci dessous (Toutes photos Collection Gérard Burlet)

En 1994, le Président Gérard Burlet et son Trésorier Bruno Auréal doivent trouver 190.000 Francs (34.700€ 2004 équivalents de 227.600 « ex francs ») pour « la location d’un hélicoptère, d’une grue de saut à l’élastique, de caricaturistes, d’un photographe « à l’ancienne », de poneys, d’un petit train, d’un omnibus à cheval, de cascadeurs, de motos side car, de troupes de majorettes et de fanfares... ». Les recettes, cette année là, sont de l’ordre de 65.000 francs. « Autant dire dérisoires par rapport aux dépenses ». De fait, cela fait près d’une vingtaine d’années que « la fête aux comptes équilibrés est devenu un mythe ». Car les recettes traditionnelles se sont progressivement perdues. La vente de brioche est brutalement tombée en désuétude. Le côté « bon enfant » des bals n’est plus qu’une image d’Epinal et de simples raisons de sécurité conduisent à leur suppression. Les recettes traditionnelles n’étant plus là, il a fallu en trouver de nouvelles et raisonner autrement les dépenses d’animations. Petit à petit, « la fête n’a plus été considérée isolément mais comme un élément d’une l’animation annuelle comprenant des manifestations gagnant de l’argent et d’autres non ». C’est ainsi qu’en dehors de la fête communale et de la kermesse de fin mai, un tournant est pris dès 1974 avec l’organisation de différents événements tout au long de l’année comme des courses de toutes natures (cyclisme, karting, solex, mobylettes, scooters ou voitures à pédales – pendant deux ans, Torcy est un circuit sélectif du Championnat de France…), des rassemblements sportifs d’envergure (Eurotriathlon, Paris-Torcy en rollers…) ou des rendez-vous ludiques (carnaval, Torcy on the Road, stock cars, réunion de Harley Davidson…). Une mention particulière est à réserver au « Troc et Puces » (c’est à Torcy qu’est « né » ce nom désormais utilisé un peu partout « même en Belgique » ) qui, en 2009, a fêté ses trente ans. Si « à l’origine, en 1979, les exposants occupaient à peine la moitié de la place de l’Eglise », il n’en est plus de même aujourd’hui où la manifestation propose 3000 emplacements de stands sur plus de 5 km de parcours arpentés par une moyenne, bon an mal an, de 25 à 30000 visiteurs. « Le Troc est LA manifestation de la région qui, une fois par an, accueille plus de personnes que Disneyland Paris » Et toujours sous une météo clémente puisqu’en 30 ans, seule une édition s’est déroulée sous une pluie constante !


Si vous souhaitez voir une belle galerie de 100 photos du Troc et Puces 2001, rendez vous sur le site :
http://www.bilboquet.net/trocs_et_puces/trocs_et_puces.html