TRANSPORTS : LE SOUCI DU DÉSENCLAVEMENT ! 

Le chemin de fer à Torcy

Amusant de voir une carte postale présentant Torcy avec une gare (ci-contre 1) surtout dans les années 20 ! Tout comme de baptiser « rue de la Gare » une de ses rues ! Car si le nom de la ville figure bien sur une station de chemin de fer, c’est accolé à celui de Vaires, commune où est implantée la gare depuis 1898. Longue histoire que celle de l’arrivée de ce qui ne sera, pendant longtemps qu’une simple halte. Tout commence presque 70 ans plus tôt quand est lancé le projet de construction d’une ligne «Paris-Bâle». Dès cette époque, les élus torcéens, conscients que ce nouveau mode de transport ne pouvait qu’assurer le désenclavement et le développement de leur ville, vont se battre pour essayer d’attirer sur leur territoire le tracé de la ligne. C’était, hélas, sans compter sur la ferme volonté des deux plus gros propriétaires terriens du secteur, les familles Rothschild et Menier, de ne pas voir cette réalisation sur leurs terres. A cet effet, et en vertu de l’adage « on n’est jamais si bien servi que par soi même », elles vont même financer le viaduc de Nogent afin d’être sûr que la voie passe bien au sud de leurs possessions. Quelques années plus tard, le principe d’une ligne « Paris-Strasbourg », passant par Meaux, est envisagée par la Compagnie des Chemins de Fer de l’Est. Pour les élus torcéens, du fait que le trajet retenu est au delà de la Marne, pas question de penser obtenir une gare sur leur territoire. Reste à savoir s’ils pourront en disposer d’une à proximité. Et pourquoi pas à Vaires ? D’autant que cette commune le demande. Un espoir cependant vite déçu. A l’argument vairois « Nous méritons bien une récompense pour avoir subi les inconvénients – le terme de nuisances n’étant pas encore à la mode – du chantier de la ligne. C’est grâce à notre port que vous avez pu débarquer vos rails, traverses et autres matériaux », la réponse de la Compagnie de l’Est est lapidaire « Pas question –répond-elle en substance – il n’y a pas assez de population à desservir pour que cela soit économiquement rentable ». Le 5 juillet 1849, la ligne entre en activité et les gares les plus proches sont celles de Lagny et Chelles, cette dernière étant d’ailleurs la seule à être reliée à Torcy par un service voiturier de correspondance d’omnibus à chevaux. « Un trajet – selon le Conseil municipal torcéen – long (7km), qui n’a lieu que deux fois par jour et à des horaires incommodes ». 1860, la mise en place de la passerelle sur le barrage de Vaires permettant aux piétons de franchir la Marne, relance le débat. Torcy, Vaires puis Noisiel écrivent à la Compagnie de l’Est « Avec le franchissement à pieds secs de la Marne, une gare à Vaires permettrait aujourd’hui de desservir plus aisément une population nombreuse ». « Sans doute – rétorque la Compagnie – Encore faudrait-il qu’il y ait un pont utilisable, non pas par les seuls piétons, mais aussi par des services voituriers de correspondance ». Un véritable dialogue de sourds ! 1888, la passerelle du barrage est devenu si vétuste qu’un arrêté municipal n’autorise qu’à une personne à la fois son emprunt. ! Un pont, un vrai doit être construit ! Il y a maintenant urgence. Torcy en fait donc la demande au Département en ajoutant qu’elle y consacrera 25.000 francs de subventions. Une somme qui va monter à 37.000 en 1891 après l’interdiction préfectorale d’utiliser la passerelle. Puis, pour faire bonne mesure et rappeler ainsi à la Compagnie de l’Est que le souhait d’une gare à Vaires est toujours autant d’actualité, promesse est faite « d’un pont et d’un chemin carrossable reliant Torcy et Vaires ». On va même plus loin en attestant qu’avec la création de cette gare, Torcy et Noisiel s’engagent « exclusivement à leurs frais, à assurer un service de correspondance et renoncent de ce fait au bénéfice de l’ancienne correspondance pour Chelles ». 1894, grâce au Baron Cacao, Gaston Menier, la construction du pont est enfin acquise. Mais pas celle de la gare, la Compagnie de l’Est mettant comme condition à sa propre intervention, le début effectif des travaux du pont. Ceux-ci commencent deux ans plus tard et le 7 novembre 1897, le pont à double arches est officiellement inauguré. Conséquence : le 12 janvier de l’année suivante, le train s’arrête enfin à Vaires. Dès le début, il s’agit d’un grand succès. 72.000 voyageurs en 1899, plus de 100.000 au tournant du siècle. Et ce qui a commencé comme une simple halte va devenir une gare pleine et entière toujours en fonctionnement. Quant au pont, après avoir été détruit durant la Seconde Guerre mondiale, il sera remplacé par un pont, de facture plus moderne, à trois piles et à deux voies. Ces dernières passant à quatre, en 1975, avec l’arrivée de la Ville Nouvelle.







1er RANG (gauche) L'omnibus à cheval qui relie Torcy à la halte de Vaires arrive au bas de la rue de la République. Il s'arrêtera au Carrefour des Cantines avant de s'engager (droite) sur le pont franchissant la Marne., inauguré en 1897 Ce pont sera détruit en 1940 par des artificiers français et remplacé par une passerelle provisoire. Celle-ci sera détruite en 1944, mais cette fois là par les allemands en retraite. A nouveau remplacée par passerelle qui restera en place jusqu'en 1959, date à laquelle sera, de nouveau construit un pont "en dur". 2ème RANG (gauche) La Halte de Vaires-Torcy, dominant les voies, semble encore bien petite. (droite) Au fur et à mesure de sa fréquentation elle connaîtra divers aménagements avec, notamment, un abri voyageurs sur le quai en direction de la province. 3ème RANG (gauche et droite) La halte en 1909 4ème RANG La gare en (gauche) 1937 et (droite) 1956. (cartes postales éditées entre 1908 et 1956)

1 Cette carte postale a bien été vendue sur Torcy. Pourtant, il s'agit d'un "détournement" de lieu car elle concerne, en fait, un autre Torcy, dans l'Est de la France.

Le chemin de fer industriel des Meniers

En 1880, du fait d’un tonnage de production de plus en plus important sur le site de Noisiel, le seul transport par voie fluviale s’avère notoirement insuffisant pour apporter les matières premières, comme pour livrer les produits finis. Deux possibilités sont alors imaginées pour relier l’usine de Noisiel au réseau de la Compagnie de l’Est. La première part en amont de la chocolaterie, traverse la Marne, la plaine puis le canal de Vaires avant de se raccorder soit à Chelles, soit à la voie située près de Vaires. L’autre, part de Noisiel, monte sur le plateau, traverse la ferme du Buisson et file jusqu’à Emerainville. Le kilométrage de cette seconde hypothèse est double mais il présente l’avantage financier important de ne nécessiter ni pont, ni chaussée à surélever au contraire du premier projet. Le choix se porte donc sur ce tracé (cliquez ici pour le découvrir) et l’autorisation de raccordement de la chocolaterie à la ligne « Paris - Bâle », au niveau de la gare « Emerainville /Pontault » est accordée en 1881 par le Conseil Général de Seine et Marne. Après un an de travaux, l’usine est desservie par une voie principale de 10 kilomètres dotées de cinq passages à niveaux avec maison de garde. Ce réseau est prolongé, deux ans plus tard, par un maillage complet de l’usine en ligne à voie étroite. Le matériel ferroviaire atteindra son apogée en 1909 avec 3 locomotives et 40 wagons.






(à gauche) Le matériel ferroviaire atteindra son apogée en 1909 avec 3 locomotives et 40 wagons. (à droite) Le premier passage à niveau (la ligne en compte 5) avec sa maison de garde barrière à la sortie de la Chocolaterie, juste avant le franchissement de la route de Noisiel à Torcy.

Anecdote : Le tracé sur Torcy de cette ligne suivait approximativement celui de l’actuelle « promenade de la chocolaterie »
Anecdote : Gaston Menier était un amoureux des trains, à un point tel qu'il avait imaginé un chemin de fer "de table" qui apportait sur place les plats des invités ! Voir sur ce sujet : http://fdelaitre.perso.sfr.fr/Menier.htm
En savoir plus sur la chocolaterie :« Noisiel, la chocolaterie Menier » (l’Association pour le Patrimoine d’Ile de France, 1994) et « Noisiel et ses environs » d’Anne Barbara Lacroix (Editions Sutton 2003)
Voir aussi les sites : http://perso.wanadoo.fr/pone.lateb/  ou http://jacques.vouillot.free.fr/

Le Réseau Express Régional

Lorsque 9 décembre 1977, est inaugurée, en grande pompe, la première ligne du RER, la ligne A 1 celle-ci ne va pas plus loin que Noisy le Grand. Le secteur II de Marne la Vallée, celui qui deviendra bientôt « le Val Maubuée » est à peine commencé. A Torcy, seuls deux quartiers nouveaux ont déjà vu le jour, le Mail et le Clos. Celui de l’Arche Guédon commence à peine à sortir de terre et le Centre Commercial Continent est entouré sur trois cotés de champs cultivés. Pour s’y rendre, deux axes, la route de Croissy, pas encore devenue de Lingenfeld, et la rue du Gai Luron, ancêtre à deux voies du Boulevard Aragon. Quant au RER, ou plutôt au « métro » comme on dit alors chez les Goulu, Cordom, Laplagne, Mendes ou Minet (respectivement boulanger, bar tabac PMU, boucher, garagiste et quincaillier des environs de la Place de l’Eglise), il n’est encore qu’un projet. Et pourtant, un an plus tard, rail, viaduc et gare sont devenues réalités ! Une moitié de réalité serait-il plus juste de dire, puisque les liaisons directes avec la capitale ne sont toujours pas possibles ! Il faut changer de rames à Noisy le Grand. Ce n’est qu’en 1979 que Torcy devient, avec gare routière et parking dit « de rabattement » (vite saturé !), le terminus de la ligne. Un statut qu’elle va garder pendant plus de dix ans, jusqu’à l’ouverture en 1992 du complexe de loisirs Eurodisneyland et de la station de Chessy. Dans le futur, notre gare est prévue comme une station d’interconnexion avec ce qu’il est convenu d’appeler « la tangentielle Est » c’est à dire une ligne d’interconnexion entre Roissy aéroport et Melun, une ligne « fret et voyageurs » qui, dans un premier temps, à l’horizon 2015 et du fait de la disponibilité des terrains, devrait dérouler son ruban ferré le long de la Francilienne en une liaison Roissy (en France) - Roissy (en Brie) Ce jour là, quelle belle revanche sur le Torcy du 19è siècle ! Car quel voyageur d’alors, attendant, en gare de Vaires, l’omnibus à cheval pour rentrer chez lui aurait pu s’imaginer , qu’à peine 130 ans plus tard, c’est de sa commune et sans grande difficulté qu’il pourrait rejoindre n’importe quelle destination européenne et ce dans les quatre points cardinaux !

Flash Back : cliquez ici pour retrouver le trajet des bus qui desservait Torcy avant l'arrivée du RER !






















(à gauche) Une rame en attente à la gare de Torcy. (au centre) Les autobus en attente à la gare routière. (à droite) L'entrée annexe de la gare construite en 2003 afin de desservir le tout nouveau centre commercial Bay 1. (©Photos 1993 pour gauche et centre Collection Gérard Burlet)

1 Cette inauguration concerne le tronçon « Nation / Noisy le Grand ». Les premiers vrais débuts de la Ligne A dans son tronçon Nation/ Boissy Saint Léger » datent, eux ,de 1969.