LA LENTE TRANSLATION DU CIMETIÈRE


(haut, à gauche) La place Ancel de Garlande, emplacement du premier cimetière de Torcy (© Photo 1993 Collection Gérard Burlet) - (haut à droite) Le cimetière de Torcy en 1975 - (ci-contre) Le même cimetière en 2004 (© Photo 2004 Collection Gérard Burlet). Depuis ce cimetière a été agrandi sur sa droite et dispose maintenant d'un colombarium


L'emplacement du premier cimetière de Torcy a été choisi (probablement vers le 14 ou 15è siècle) de traditionnelle façon, c'est à dire à proximité de l'ancienne église. Les « âmes et les corps à l'ombre de Dieu », rien que de très normal dans un pays aux traditions religieuses bien ancrées. Une situation qui ne peut qu'être intolérable aux révolutionnaires qui, par une loi de 1791, font passer la propriété des cimetières aux autorités communales tout en en demandant le déplacement. Ce dernier impératif laisse plutôt froid les nouveaux élus torcéens peu soucieux de se « mettre à dos » les autorités religieuses du secteur qui mettent à leur disposition des salles du presbytère pour y accueillir mairie et école. Ceci étant, l'essor du village fait qu'a la fin du 18è siècle, le cimetière se trouve entièrement enclavé, ses murs d'enceinte étant, ni plus, ni moins, que les pignons des habitations riveraines. Un fait en totale contradiction avec un décret impérial du 12 Juin 1804 spécifiant “qu'il y aura hors chacune des villes et des bourgs, à la distance de 35 ou 40 mètres au moins de leur enceinte, des terrains spécialement consacrés à l'inhumation des morts”. « Qu'importe – se disent en substance les Elus - Torcy n'est ni ville, ni bourg ». Et ce n'est pas la circulaire que Monsieur le Préfet a envoyée à tous les Maires qui les fait changer d'avis. Et pourtant son contenu devrait les faire réfléchir « Si dans quelques villages, le cimetière est tellement environné et abrité par les maisons que l'air ne peut y circuler librement, les Maires doivent faire connaître aux Sous Préfets, les dangers résultant des inhumations faites dans l'intérieur des communes, … alors le Sous Préfet s'empressera d'ordonner l'application des règles prescrites pour les villes et les bourgs ». La situation va rester en l'état jusqu'à fin 1843 où une ordonnance impose aux villages de se conformer aux dispositions du décret de 1804. C'est donc par obligation que la Mairie prend la décision de principe de transférer le cimetière. Une décision toute de lenteur puisque douze années (1855) passent avant que la Commission chargée de trouver un terrain, propose d'acquérir 40 ares débouchant sur la “rue Chèvre”. Les négociations pour cet achat traînent tant que le Conseil, à défaut d'abandonner le projet, l'ajourne en déclarant “qu'il y avait, dans la commune, des dépenses plus urgentes à faire avant de s'occuper du cimetière” ! Ces “choses urgentes” ont du être particulièrement nombreuses puisque c'est en 1882 que le dossier est ré-ouvert avec la proposition des Menier de céder à la commune un terrain, au lieu-dit “Le Pion” avec la quantité de pierres nécessaire à la construction d'un mur de clôture. Cette fois ci, c'est la bonne ! Et le 1er Juillet 1884, le nouveau et toujours actuel (dans sa partie la plus basse) cimetière “ouvre ses portes” tandis que l'ancien, après le transfert de toutes les sépultures, va être transformé en “place publique” et porter, à partir de 1900, le nom “d’Ancel de Garlande”.

Les « curiosités » du cimetière

En dehors du beau monument dédié aux morts de la Grande Guerre ( voir photo dans le paragraphe suivant), le cimetière de Torcy comporte trois curiosités. D'une part, le long du mur ouest, on trouve deux pierres tombales armoriées du 17è siècle et perpétuant la mémoire de Nicolas De La Croix, Seigneur du Vivier, et de son frère, Jean, Seigneur de Torcy, (ci dessous, à gauche © Photo 2003 Collection Gérard Burlet) initialement inhumés sous la nef 1 de la première église. A côté de ces tombes « historiques », il y en a deux autres rappelant les disparus de la guerre de 1870 (ci-contre © Photo 2003 Collection Gérard Burlet). Conformément à l'article 16 du traité de Francfort qui a mis fin à la guerre de 1870, les gouvernements français et allemand s'étaient engagés à entretenir les tombes des militaires ensevelis sur leurs territoires respectifs. L'État a donc acheté les parcelles des cimetières communaux où se trouvaient les tombes des soldats et a aménagé celles-ci en les garnissant d'un entourage en fonte avec une plaque portant la mention « Tombes militaires – Loi du 4 avril 1873 » Au total, de 1873 à 1878, l’Etat a financé l'aménagement de 87.396 sépultures réparties sur 1438 communes et 36 départements. A Torcy, la tombe « française » ne précise pas le nombre des soldats ensevelis tandis que la sépulture « allemande » indique le chiffre de onze. Dernière curiosité, le long du mur nord, et dans un état assez déplorable, la tombe Bazard (ci dessous, à droite © Photo 2003 Collection Gérard Burlet), sépulture d'un torcéen ayant, au 19è siècle, fait un legs à la commune, et dont le nom est encore celui d'une rue, ironie du sort, longeant le tout premier cimetière de Torcy !

1 Si jusqu'au Moyen Âge, il est monnaie courante d'enterrer les morts à l'intérieur même de l'église, une ordonnance royale du 10 mars 1776 va restreindre ce droit à certains cas précis. Ces exceptions vont elles mêmes être interdites par un décret du 12 juin 1804.