L’INSTRUCTION COMME PASSEPORT

Le rôle de l'instituteur

A lire les compte rendus des Conseils municipaux, il est évident que l’école a, de tout temps, occupé une place prépondérante dans l’univers torcéen. Que ce soit dans le Torcy d’aujourd’hui avec ses 13 groupes scolaires maternelles et primaires, ses 4 collèges et ses 2 lycées que près de 7000 écoliers, collégiens ou lycéens fréquentent. Que ce soit lors des siècles précédents où tous les responsables institutionnels qui se sont succédés ont toujours eu à cœur d’offrir au plus grand nombre ce premier pas vers la liberté que constitue l’instruction. En cela Torcy a, sur le secteur, été un « pionnier » reconnu. C’est en 1639 qu’il est fait mention, pour la première fois, sur les registres paroissiaux (ancêtres des registres d’état civil) d’un certain Robert Laute, « maistre decolle » de Torcy. L’homme sait lire et écrire et il est en charge de signer les registres en lieu et place des « parrain et marraine ». C’est en 1794, qu’apparaît le mot « instituteur ». Tout au long du siècle suivant, cette fonction va jouir d’une grande considération. L’instituteur possède et transmet le « savoir ». Aussi est-ce avec le plus grand soin qu’il est choisi par le Conseil Municipal qui lui assure sa rémunération, divers avantages en nature et le logement. En 1817, il perçoit « 240 francs de fixe, une corde et demie de bois, cinq pieds de fagots » et une certaine somme par élève. La part fixe de son traitement lui impose d’instruire gratuitement les enfants indigents désignés par la Municipalité. Quant à la contribution payée par les élèves, elle est fonction du degré d’instruction pratiqué (lire, lire et écrire ou enseignement plus poussé). En 1833, à la suite de la Loi sur l’Instruction Primaire, deux mesures sont prises afin de préserver « l’indépendance » du maître d’école. D’une part, il n’a plus à « porter l’eau bénite dans les maisons des habitants de la commune » (ce qui met fin à une vieille survivance d’un usage pratiqué du temps où l’instituteur exerçait aussi la fonction de sacristain). D’autre part, il n’a plus « le droit de recevoir du vin au moment des vendanges, ni de faire des visites intéressées à ce sujet chez aucun habitant ». ! En 1873, la commune décide de percevoir à son profit le taux de la rétribution scolaire (1 franc en dessous de 7 ans, 1.50 francs au delà) tout en augmentant significativement le traitement fixe de l’instituteur et de sa collègue mais sans pour autant mettre en œuvre une règle de parité (l’homme touchera 1200 francs, la femme, 800 !) En 1881, l’instituteur est logé dans le bâtiment de la mairie dont il était par ailleurs le Secrétaire. L’institutrice étant elle logée au dessus de l’école des filles. C'est au cours de cette même année puis de la suivante que les Lois Ferry vont rendre l'école gratuite, laïque et obligatoire.

















Torcy fut une des première commune du secteur à se doter d'une école maternelle, alors appelée "garderie enfantine". (à gauche) En 1965, accompagnée de leur maîtresse, les enfants de la maternelle pose sur les marche de leur école, place de l'Eglise. (à droite) Le 14 Juillet 1960, des enfants du cours élémentaire se préparent pour les festivités.


Où les maîtres pratiquent-ils leur art ?


Jusqu’en 1819 où la commune fait acquisition « d’une maison d’école » en face de la première église (probablement à côté de l’ancien presbytère de la Grande rue), on n’a aucune connaissance du lieu réservé à l’instruction. En 1834, la mairie fait de grosses réparations dans l’école et construit une salle de classe plus vaste et mieux aéré. En 1849, en regard du grand nombre d’enfants fréquentant la classe unique, une seconde est spécialement créée pour les filles et Madame Hu, épouse de l’instituteur de l’époque, devient la première institutrice de Torcy. Les années passent et les locaux s’avèrent de plus en plus étroits, sans oublier l’usure du temps qui fait son œuvre. C’est ainsi qu’en 1861, il est décidé de construire une nouvelle école à proximité du projet des nouvelles église et mairie le long de la rue de Paris. Si ces derniers équipement voient bien le jour en 1865, les salles d’écoles sont, faute de moyens financiers, toujours au même endroit en 1872. Et leur état ne s’est pas amélioré. Ce qui provoque la colère de l’Inspecteur de l’enseignement primaire et l’envoi d’une lettre « musclée » au Sous Préfet. « La commune de Torcy qui possédait autrefois des ressources considérables, a épuisé sous l’ancienne municipalité communale près de 400.000 francs à des édifices grandioses qui ont déjà besoin de réparation (il est fait allusion ici à la construction de la mairie et de l’église, ainsi qu’à la vente du patrimoine forestier communal). Et, cependant, les classes qui comptent 50 à 60 élèves chacune sont dans un état déplorables… le plafond de l’école des filles se détache … et les filles et garçons n’ont (quelle horreur ! NdA) qu’un passage commun pour se rendre aux lieux d’aisance situés dans un coin du jardin… ». Ce « coup de gu… » va produire son effet puisque moins d’un an plus tard, la décision de construire l’école est prise par les Elus et en 1875, les élèves peuvent enfin franchir le seuil des deux classes de 110m2 de leur nouvelle école flambant neuve sur la place de l’église.





(haut,à gauche) La première école maternelle de Torcy a pris place dans les locaux autrefois occupés par le presbytère. Une sorte de clin d'oeil à l'Histoire quand on sait que la première salle de classe torcéenne qui a vu le jour au 18è siècle était dans une pièce louée à l'Evéché dans le presbytère de l'époque, situé Grande Rue ! (haut, à droite) Dans les années 1960, juste à côté de l'école maternelle et en bordure de la place de l'Eglise va être ouvert un bâtiment faisant office de cantine. (bas, à gauche) La première école primaire de Torcy. Les quatre dernières fenêtres sont l'extension ,en 1894, du bâtiment initial pour être l'école des filles. (bas, à droite) L'ancienne école primaire est devenue l'école municipale de Musique Michel Slobo (du nom de son premier Directeur). La porte que l'on voit au premier plan à droite donne sur une salle qui, dans le début des années 1980, a servi à la réunion mensuelle du Conseil Municipal (© Photo 2002 Gérard Burlet)

La Caisse des écoles voit le jour en 1877 avec comme but « d’encourager et faciliter la fréquentation des écoles par des récompenses aux élèves assidus ou par des secours aux élèves indigents ou peu aisés, soit en fournissant les livres de classe qu’ils ne pourraient se procurer, soit en leur donnant des vêtements, soit en aidant les familles momentanément dans la gêne et qui se privent du travail de leurs enfants afin de les envoyer aux écoles » Allusion est ici faite, entre autre, aux travaux agricoles qui font qu’en été, il y a environ 30% d’élèves en moins qu’en hiver ! Par suite de l’accroissement rapide de la population du à l’usine Menier de Noisiel (979 habitants en 1876, 1220 en 1886), l’école est fréquentée par plus de 220 élèves. La décision est alors prise de créer deux classes supplémentaires par la division des salles déjà existantes. L’enseignement étant assuré, pour les garçons, par un instituteur en poste et un « en stage » tandis que les filles se partage une institutrice et son adjointe. En 1894 , les effectifs ayant encore augmenté, deux nouvelles classes sont encore construites dans le prolongement de l’école initiale. Ce sera, jusqu’en 1955, l’école communale des filles. En 1910, le conseil municipal décide de la création d’une garderie enfantine (une première dans les environs !) au rez-de-chaussée du presbytère, devenu propriété communale après la Loi de séparation de l'église et de l'Etat de 1904. Celle-ci, tout en s'agrandissant dans un bâtiment construit le long du presbytère, va rester en activité jusqu’à l’ouverture de l’école maternelle du Jeu de Paume en 1968.
Au début des années 1950, la construction de nombreux logements « sociaux » (HLM du Bel Air, de la Ferme, Cité de l’Abbé Pierre, Cité des Castors) va provoquer l’augmentation rapide de la population. Six classes nouvelles vont être construite (sur le site de l’actuelle école Julie Daubié) sur la place de l’Église, qui bientôt vont être exclusivement réservées aux filles. Puis l’école de l’Orangerie, du Bel Air et du Jeu de Paume vont successivement entrer en fonctionnement. Nous sommes alors en 1968, et les écoles de Torcy accueillent 650 enfants. Ils se répartissent dans 30 classes dont 6 à l'école des filles de la Place de l'Église, 7 à l'école du Centre (sur la place de l'Église), 6 à l'Orangerie, 6 au Bel Air et 5 à la maternelle de la rue du Jeu de Paume.
La Ville Nouvelle arrive dans les années 1970 et c’est une véritable explosion démographique. En moins d’une génération, Torcy voit sa population multipliée par sept. Les écoles fleurissent de partout. Dans l’ordre chronologique (sous réserve de l’exactitude de ma mémoire), le groupe scolaire du Clos (1972), puis celui du Mail (1976 ? - Anecdote : Cette école fermera quelques temps après l'ouverture, dans le même quartier, du groupe scolaire Georges Brassens), de Beauregard (1977), des Gradins (1977), le Centre de Vie Enfantine (1979 ou 1980), Georges Brassens (1981 ou 1982), Louise Michel (1983 ou 1984), Jean Zay (1985), Victor Hugo (1986?) et Julie Daubié (1989 - Anecdote : l'ouverture de cette école qui provoque la fermeture de celle de l’Orangerie non sans force manifestations de mécontentement). En matière d’enseignement secondaire c’est d’abord le Collège de l’Arche Guédon (1980), puis Louis Aragon (1982 - Anecdote : le premier nom de cet établissement fut "Collège de Beauregard" puis, en 1984 et suite à un "référendum interne", il devint "Louis Aragon"), Jean Monnet (1988 - Anecdote : Le collège fermera en 2007. Depuis ses salles accueillent un I.U.F.M) et Victor Schœlcher (1997). Pour les lycées, celui, professionnel de l’Arche Guédon (1980) voit d’abord le jour, complété quelques années plus tard par Jean Moulin (1985).
A la rentrée 2009, ce sont plus de 5.000 jeunes qui ont pris le chemin du savoir 2.804 d'entre eux dans les écoles maternelles et primaires des 10 groupes scolaires torcéens et 2.308 dans les collèges et lycées de la ville. En un peu plus d'un siècle (1886/2009) les effectifs scolarisés de Torcy ont été multipliés par plus de 2.000% !!.








(haut, à gauche) En 1955, le nombre de jeunes filles scolarisées obligent à créer une école de l'autre côté de la place sur les lieux actuellement occupés par le groupe scolaire Julie Daubié. (haut, à droite) L'école du Bel Air construite dans la foulée des Hlm de même nom au début des années 1960. (milieu, à gauche) L'école du Clos, date de la fin des années 1970 et peut être considérée comme la première école primaire liée à l'arrivée de la Ville Nouvelle. (milieu, à droite) L'école maternelle du Jeu de Paume va voir le jour au milieu des années 1960. De nos jours, c'est un centre d'accueil pour jeunes handicapés. (bas, gauche et droite) Les derniers moments de l'école de l'Orangerie, fermée en 1988 et qui pendant plus de 15 ans (jusqu'au percement de la rue de Girvan et de son lotissement immobilier) va rester à l'abandon et servir "d'école du tag" !. (© Photo Studio Michel pour les clichés du haut et du milieu. © Photos 2002 Gérard Burlet pour les clichés du bas)

Une journée à l'école au tournant du vingtième siècle

(tiré de l'ouvrage "Le village autrefois" de Murielle Rudel - 2005)

... Dans les villages, les classes sont à trois niveaux ou "divisions" : petits, moyens et grands. La salle comporte trois rangées de tables, accueillant chacune les élèves d'un même niveau. Pendant que le maître s'occupe d'un groupe, les autres écoliers s'attellent à des exercices. Ils travaillent seuls, en silence et n'ont aucun droit de se déplacer. L'école a lieu du 1er octobre à la fin juillet. Un jour de repos par semaine est accordé : le jeudi. Chaque matin, avant d'entrer en classe, le rituel est le même : dans la cour, les enfants s'alignent en deux rangs parallèles et présentent leurs mains au maître, la paume d'abord, puis le dos. Gare à ceux qui ne les ont pas lavées : ils doivent aller se débarbouiller ... et seront privés de récréation. Enfin la cloche sonne, les enfants entrent sagement dans la classe, chacun se dirige vers son pupitre. Tous attendent que le maître, juché sur son estrade, ait donné l'ordre de s'asseoir.
Aux murs de la classe sont accrochées des conseils d'hygiène (ci-contre On peut déplorer que de nos jours, le premier de ces conseils soit tombé dans les oubliettes !) cartes de géographie, des tableaux d'histoire de France, la Déclaration des droits de l'homme et deux affiches désignant le bon et mauvais écolier. Au fond, on a installé la biliothèque et le musée scolaire qui renferme des collections, des animaux empaillés en vue de "la leçon de choses", et quantité d'ustensiles servant à montrer le système métrique, depuis le décilitre jusqu'à la chaîne d'arpenteur.
Une fois l'appel fait et les encriers, les plumes et les cahiers posés sur les bureaux, l'instituteur inscrit sur le tableau noir la maxime du jour (l'oisiveté est la mère de tous les vices, bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée ...) et la commente. Puis suivent les leçons et exercices usuels : selon le niveau, on s'exerce à compter à l'aide du boulier, on apprend la règle de trois, les fleuves de France ; on récite, debout à côté du maître, les bras collés au corps ... une poésie de Lamartine ou une fable de La Fontaine. Attention aux erreurs ... Elles provoquent fatalement des coups de règles sur le bout des doigts, l'obligation d'aller au piquet ou de faire vingt tours de cour ! Tous les soirs ou toutes les semaines, le maître distribue les "bons ponits" ou le "bonnet d'âne" en fonction de l'attention au travail. Plusieurs heures par semaine, les filles s'exercent à la couture et au tricot tandis que les garçons s'adonnent à des travaux de menuiserie et d'agriculture. En fin d'année, les épreuves du certificats d'études attendent les plus grands ... 

Les instituteurs de Torcy du 17è au 19è siècle
(tiré d'une monographie sur Torcy de Jean Deshayes - 1888)

      Nom Arrivé en
 Parti en
 
       Nom Arrivé en
 Parti en
 
Robert LANTÉ 1639/1660  .... GRONGNIARD 1812/1813 
Guillaume GRANDIN 1660/1681  Charles BACENET 1813/1817 
Anthoine LELONG 1681/1686  Louis CAILLIOT 1817/1842 
Pierre CAPPELLE 1686/1694  Toussaint CAILLIOT  1842/1847 
Louis NOEL 1694/????  Louis CHAUVIGNY 1847/1849 
Jean FOSSIER 1 1719/1739 Onésime HU 1849/1852 
Jean-François DUFAY 1739/1740  Alexandre PROVOST 1852/1859 
Robert LELOUP 1740/1761  Jean-Baptiste DESSIRIER 1859/1880 
Joseph LELOUP 2  1761/1800 ?  Jean DESHAYES 1880/1900 
.... LE CUIR 1808/1812  Albert LEMISTRE 3 1896/????

1 Jusqu'à la Révolution Française, la désignation de l'instituteur était du ressort du curé. C'est d'ailleurs pour cela que les fonctions d'endeignement de celui-ci était souvent complétée par celles du "clerc paroissial" (il rédigeait alors tous les actes d'Etat Civil quand il ne les signait pas en lieu et place du prêtre) et du "sacristain"
2 Joseph Leloup a 18 ans lorsqu'il est nommé et exercera son métier durant ... 47 ans (39 si on s'en tient aux documents administratifs qui indiquent son départ en 1800. Mais il est peu probable que Torcy n'ait pas eu d'instituteur entre 1800 et 1808) C'est lui qui, en 1796, sera pour la première fois désigné sous le terme "instituteur". Auparavant l'appellation habituelle était "maître d'école"
3 Instituteur stagiaire

Les institutrices de Torcy au 19è siècle
(tiré d'une monographie sur Torcy de Jean Deshayes - 1888)  

     Nom Arrivée en
 Partie en
 
      Nom Arrivée en
 Partie en
 
Mme .... HUE  1849 /1852   Mlle Julie MULOT 1887/1887 
Mme .... PROVOST 1852/1859  Mlle Marie BUSSIERE 1887/1900 
Mme .... DESSIRIER 1859/1880 Mlle Léa GERMAIN 11884/1888 
Mlle Rosa DESSIRIER 1880/1885  Mlle Albertine FERRY 1 1888/???? 
Mlle Eugénie BRULÉ1885/1886    


1 Institutrice stagiaire