LES VOLONTAIRES TORCÉENS DU FEU

Si les premiers tuyaux à incendie sont nés en 1672, ce n'est qu'en 1725 que va être mise au point la première pompe à incendie. Une innovation qui mettra cependant plus d'un siècle avant de pénétrer les petits villages de France. Jusqu'alors, l'incendie est considéré comme un fléau et si certaines grandes villes ont depuis longtemps un corps spécialisés de "garde pompes", il en va tout autrement dans la plupart des communes de France. C'est la cloche de l'église sonnant le tocsin qui alerte la population, laquelle laisse immédiatement choir ses occupations pour se rendre, muni de son sseau ou baquet sur les lieux du sinistre. Là, on fait la chaîne à partir du point d'eau le plus proche avec comme objectif principal non pas d'éteindre le bâtiment en feu mais d'éviter que le feu se propage alentours.

Sous la Révolution, la Convention fait voter une loi (24 août 1790) imposant aux communes de s'équiper en matériels nécessaires pour éteindre les incendies. Mais comme à l'habitude, du texte à la réalité, il y a un monde. Et si de plus en plus de villes donnent suite à cette obligation, la France profonde et rurale n'en a guère les moyens.
Il faudra encore un siècle pour voir le 21 mars 1881 une Loi portant création des pompiers municipaux. Mais il en faudra une seconde, quelques années plus tard, le 5 avril 1884, pour instaurer,  dans le cadre communal, l'organisation de services chargés des secours et de la lutte contre les incendies et déclarer que ce sont les communes qui sont financièrement responsables de ce nouveau corps.

A Torcy, en fait, le corps de sapeurs pompiers a été créé le 8 mars 1857. Six hommes sous le commandement d'Adolphe Robert, sont alors affectés à ce service. L'équipement est alors constitué d'une pompe à bras pouvant débiter 20 litres d'eau à la seconde et ce jusqu'à une hauteur de plusieurs dizaines de mètres, de seaux en bois, de haches et d'échèlles qui sont entreposés dans le local construit à cet effet, rue de Paris, sur la gauche du nouveau présbytère (local que l'on peut encore voir aujourd'hui)

Un siècle plus tard,  en 1970, le Corps d'Intervention de Torcy fait partie du groupement ORSEC 77.2 pour la Protection Civile et est rattaché au Centre de Secours principal de Lagny.
Les sapeurs-pompiers torcéens sont désormais 23 dont 6 sapeurs employés communaux. Tous sont volontaires. Parmi eux, le Lieutenant Jacques Peutat  1 (ci-contre) qui assume la fonction de Chef de Corps, l'Adjudant Roger Brunet 2 qui, le cas échéant fait office de Chef de Corps par intérim, le Sergent Robert Mariette, le Caporal Chef André Verriez, les Caporaux Bartholet, Deramaix, Denuit et Michel Mariette, les sapeurs Blondaz, Bernaudat, Sedru, Georget, Barlier, Taillant, Collardeau, Mortier, Zerilli, Jaeck, Edmond Vasseux, Michel Décupère, Roger Mollier, Robert Roy, Jean Claude Ténard et Bernard Peutat.
Le premier dimanche de chaque mois, tous se consacrent à des manoeuvres. Celles-ci attirent toujours bon nombre de spectateurs car il est d'usage de faire visiter les locaux ou de permettre de "grimper" sur les véhicules.
Le matériel, hors les tenues, échelles, haches, protections anti-insectes, brancards et autres accessoires, consiste en un véhicule de premier secours doté d'une citerne de 500 litres et de deux moto-pompes (une de 30m3 avec 3 lances et une de 60m3 avec 4 lances). Tout ce matériel qui étaient remisés en divers endroits de la commune est désormais centralisé dans un seul bâtiment construit à cet effet, à côté de la seconde Mairie. Un bâtiment où seul le gros oeuvre a été réalisé par une entreprise spécialisée. Tout le reste (menuiseries, peintures, sanitaires, chauffage et électricité) étant du aux pompiers eux mêmes qui y ont consacré pendant un certain temps leurs loisirs et leurs vacances.

















(à gauche) Le tout nouveau local partagé par les Services Techniques et le corps des Sapeurs Pompiers construit à côté de la Mairie de Maison Blanche (à droite) une partie du matériel, prêt à intervenir. © Photos 1970 Studio Saint Michel. (ci-contre) Le banquet 1969 de la Sainte Barbe, Patronne des Pompiers. En troisième et quatrième places, le Lieutenant Jacques Peutat et le Maire, Guy Chavannes.

Pour joindre les sapeurs pompiers de Torcy, il y a trois méthodes : soit se rendre en Mairie, soit un appel téléphonique au 35, soit utiliser l'avertisseur public placé sur la grille de la mairie. Dans ce dernier cas, il est impératif de respecter le "code" suivant :  deux coups de sirène de 20 secondes pour les feux de cheminées, les asphyxiés ou les noyés, trois coups de sirène de même durée pour les gros incendies. Enfin, pour permettre une bonne efficacité des interventions, la commune s'est dotée d'un maillage de 18 bouches et poteaux d'incendie. Coté interventions, elles vont passer de 61 en 1974 (6 feux, 24 destructions d'insectes, 11 accidents sur la voie publiques et 20 opérations de natures diverses) à 2.379 en 1980 (dont 21 incendies 90 sauvetages de personnes ou d'animaux, 143 transports de malades, blessés ou accidentés et 53 destructions d'insectes)

L'arrivée de la Ville Nouvelle, l'accroissement de population, la multiplicité des intervention et leur technicité de plus en plus grande va amener, en 1986, la disparition du corps torcéen au profit du Centre d'Intervention et de Secours de Lognes3 lui même placé sous l'autorité du Centre principal de Chelles. Aujourd'hui, finie la logique d'organisation communale des secours qui a prévalu durant près de deux siècles, la loi (1996) y a définitivement substitué une logique départementale.

Anecdote :Le solfège à l'aide des secours. En France, la sirène des pompiers fait "ré/do" tandis que celle de la gendarmerie, ou de la police, fait "si/la".
En savoir plus sur les pompiers de Seine et Marne : http://www.sdis77.fr/internet/index.php et http://pagesperso-orange.fr/pompiersdeseineetmarne/

1 Jacques Peutat sera aussi Adjoint au Maire, sous divers mandats de Guy Chavannes
2  En 1974, Roger Brunet prendra sa "retraite" des sapeurs pompiers torcéens après 44 ans de service ! Ayant commencé cette "carrière" à l'âge de 16 ans, il la terminera avec le grade de Sous Lieutenant honoraire.
3 La création de cette caserne, objet, en 1981, d'un coucours d'architectes remporté par Bertrand Bonnier a connu de nombreux aléas, puisque le chantier n'a démarré que 3 ans plus tard !