UN BLASON DE RECONNAISSANCE


                                 

Les armes ci-dessus sont celles des familles les plus illustres (de gauche à droite, Comte de Dreux, Comte de Bar, Marquis Colbert) ayant eu sous leur responsabilité les terres torcéennes.
Or, de façon étrange, le blason officiel de la commune depuis le dernier quart du XIXè siècle est …


…. celui représentant les armes de la famille De Garlande, famille briarde de lignée chevaleresque, et plus précisément celles du Sénéchal Ansel de Garlande, qui n’a jamais été Seigneur de Torcy !

Et pourtant, l’histoire des De Garlande s’est par trois fois, rapprochée de celle de Torcy.

•  La première ...

... de façon anecdotique, quand, vers 1060, Guillaume 1er de Garlande (v.1055/v.1095), Seigneur (entre autres) de Gournay et de Noisiel, fait don à l’abbaye de Cluny de biens situés à Torcy, Noisiel et Roissy. Biens probablement hérités de son père, Aubert de Garlande (1031/1060), premier Garlande connu de la lignée. Des biens éparses n’ayant aucun titre de fief.

•   La seconde ...

... quand près d’un siècle plus tard, la légende (mais en est-ce bien une ?) croise le destin fur de notre ville avec le fils de Guillaume 1er, Anseau (ou Ansel ou Anselme) de Garlande (1069/1118).

Ce dernier a été nommé par le roi Louis VI, Sénéchal de France, poste prestigieux s’il en est puisque celui qui est investi de cette charge est, de fait, le personnage le plus important du royaume après le souverain, en ayant notamment le contrôle des armées royales.
A la mort de son père, il a bien entendu hérité de ses biens, possessions et titres auxquels a été rajouté la seigneurie de Pontault. De fait, ce haut personnage possède des terres un peu partout dans cette partie de Seine et Marne et, notamment, du côté de Roissy en Brie où il a, entre autres, une forêt s’étendant sur près de 400 hectares entre ce village et celui voisin de Pontcarré.
Nous sommes en 1115, et Anseau de Garlande, profitant sans doute d’un peu de calme au milieu de ses occupations, se promène dans ces bois. La légende veut que dans cette chevauchée, il soit accompagné de sa nièce Yolande. En réalité, comme il n’y a jamais eu de nièce dénommée Yolande chez les De Garlande, sans doute s’agit t-il de sa belle sœur Helisande, qu’au fil du temps, le bouche à oreille a transformé en Yolande.
Au cours de cette promenade, la monture de Helisande/Yolande est attaquée et blessée par un sanglier. A un point tel que la bête, affolée de douleur, se met à galoper de façon incontrôlable dans le sous bois. Alerté par les cris, deux hommes, un de Roissy et un de Torcy, se précipitent et arrivent à maîtriser le cheval, sauvant ainsi la vie de sa cavalière. Le Sénéchal, arrivant sur les lieux, constate avec soulagement l’issue heureuse de cette mésaventure et décide, outre de remettre quelque argent aux deux «sauveteurs», de donner aux habitants des villages de Roissy et Torcy la forêt dans laquelle l’évènement venait de se produire.
Un don dépourvu de toutes servitudes ou privilèges, réservé exclusivement aux habitants et leur permettant de s’y fournir en bois de chauffage ou de construction comme d’en «faire leur grain» et d’y emmener paître leurs bêtes. Comme probablement d’en retirer quelques subsistances en gibier, champignons et autres châtaignes.

Un geste plus qu’important puisqu’il porte, rappelons- le, sur près de 200 hectares pour chacun des villages.Cette histoire relève t-elle de la réalité ou la légende ? Il paraît logique de pencher pour la première solution et ce pour deux raisons.

D’une part, si ces gestes de générosité envers la population arrivaient parfois, ils avaient toujours pour fonction de porter témoignage d’un remerciement.
D’autre part, en 1222, le Roi confirma le don et son usage, prouvant si besoin en était qu’il avait fait suite à un fait suffisamment important pour que nul ne revienne dessus.

Dans les siècles qui vont suivre, cette possession excentrée va continuellement figurer dans les avoirs du village. Certes, elle va, au fil du temps, et pour des raisons que l’on ignore, perdre de sa surface.

Toujours est-il qu’en 1718 ou 1719, un inventaire des biens de Torcy réalisé sous le marquisat de Jean Baptiste Colbert, précise dans son alinéa 31 que «la communauté jouit… de 300 arpents (soit environ 135 hectares) de bois taillis situés sur la paroisse de Pontcarré… et qui ne servent que pour le chauffage des habitants »
En 1970, Jacques Peutat, Adjoint au Maire de Torcy, a retrouvé dans le grenier de la Mairie un document datant de mars 1799 (Germinal, an VIII de la République) et révélant que cette propriété mesurait 121ha 99a et 81ca.

Soixante quinze ans plus tard, on allait, comme nous le verrons par la suite, reparler de ces bois.

•   La troisième ...

... quand, en 1139 ou 1140, Agnès de Garlande (1112/1143), fille unique et héritière d’Anseau de Garlande, Comtesse de Rochefort et Dame de Gournay, épouse le jeune (le marié a 15 ans et l’épouse 27 !), Robert 1er (1125/1188), frère du Roi Louis VII, Comte de Dreux et de Braine, Seigneur (entre autres) de Savigny, Quincy, Brie Comte Robert et Torcy. De cette union, naît Simon de Dreux qui ne survivra que quelques années, elle même disparaissant en 1143, à l’âge de 43 ans.
Une rapide interprétation de ces faits pourrait laisser supposer que, par ce mariage, les De Garlande avaient acquis des droits sur les terres de Torcy. Mais ce serait oublier qu’à l’époque, les titres ne se partageaient pas et que leur transmission se faisait, après aval du souverain, et sauf cas exceptionnel, par hérédité masculine.
Or comme Simon était décédé lors de la succession de Robert 1er, c’est à Robert II « le jeune » (1153/1218), fils celui-ci avait eu avec sa troisième épouse, Agnès de Baudément, que le titre de Seigneur de Torcy sera transmis.

Nous venons de le voir, Torcy n’est jamais entré dans le patrimoine de la famille Garlande. Alors, pourquoi ce blason officiel ?
Pour le savoir, sautons les siècles et arrêtons nous au milieu du XIXè.

Nous sommes en 1857...

.. et la commune doit faire face à un problème : l’église, en raison des dangers d’effondrement qu’elle présente, est interdite de culte. Il s’agit de la première église de Torcy située, rue Chèvre, approximativement en face de l’actuelle ferme du Couvent et érigée vers la fin du XVIè siècle.
Des réparations importantes ont bien été faites il y a une quinzaine d’années mais cela n’a pas suffi à consolider l’édifice. Le service religieux s’effectue désormais dans une grange louée par la commune mais, hélas, trop petite pour contenir tous les fidèles. Il faut donc soit restaurer, soit construire une nouvelle église. Tous les architectes consultés font la même conclusion : il faut reconstruire.
Les élus décident donc le principe d’édifier une nouvelle église et d’en profiter pour construire une mairie et une école (les deux se tenant à l’époque dans des salles loués à l’Evêché au presbytère de la Grande Rue.

Ne reste plus qu’à trouver l’argent !

A la même époque le Baron de Rothschild, soucieux d’agrandir son domaine de Ferrières aimerait bien acquérir tout ou partie des bois que Torcy possède près de Pontcarré, héritage de la générosité du Sénéchal de Garlande.
Les deux parties se rapprochent et concluent, en 1858, la vente de tous le bois pour la somme de 403.000 francs, qui, aussitôt placée en rente sur l’Etat à 3%, va permettre d’exécuter toutes les constructions.

Le temps de l'hommage et de la reconnaissance.

Le Conseil Municipal choisit alors de ne plus oublier son généreux donateur du XIIè siècle et adopte, en blason communal, les armoiries des De Garlande faites  "d’or à deux fasces de gueules" *. Mais afin de les différencier de celles de Roissy en Brie qui, quelques années auparavant, avait fait le même choix, il est rajouté, sur les conseils d’un héraldiste, "un casque avec lambrequin" ** ainsi que la devise du Sénéchal "Vis et Voluntas" ***

Il est aussi adopté, d’orner chacune la façade des futures constructions de ce blason (ci contre à droite, celui au dessus de l'entrée latérale de l'école de musique) tout en ajoutant sous celui de la Mairie et du presbytère l’inscription suivante "Ancel de Garlande, Seigneur de Gournay, Sénéchal de France, Chef du Conseil et Principal Ministre d’Etat sous le Roi Louis VI du nom, Bienfaiteur de la commune de Torcy". Ces inscriptions ont été, depuis, effacées par le temps et il est à espérer que lors du ravalement de l'ancienne Mairie (de nos jours Poste de Police), elles retrouveront leur place.

Enfin pour faire bonne mesure, les Elus, à l’unanimité, décident que sera célébré, chaque 21 août, jour de la Saint Anselme, un service religieux. Une habitude tombée en désuétude après la Seconde Guerre Mondiale.

1875, tous les édifices ont été inaugurés et Charles Campan, graveur du Roi, peint et offre à la commune un tableau, de libre inspiration, représentant le Sénéchal (ci-contre à gauche). Cette œuvre ornera les murs de la salle des mariages. jusqu’en 1986, où, lors du déménagement du mobilier dans les locaux du présent hôtel de ville, il disparaîtra mystérieusement. En 1992, retrouvé en fort piteux état, il est restauré et de nouveau, accroché dans la salle des mariage de l'actuelle mairie.

1970, le Conseil Municipal décide de nommer "place Ancel de Garlande", l’emplacement réservé au premier cimetière de Torcy (à l’angle de la Grande Rue et de la rue Bazard) et, depuis 1884, transféré sur le site actuel.

1990, la mode est alors au pin's. La ville va en créer plusieurs dizaines. Un sera dédié au blason communal (ci-contre à droite), les autres auront pour dénominateur commun "le petit chevalier de Torcy", en référence au sénéchal de Garlande.

1991, la municipalité commande à Bernard Cher, artiste sur métaux, une œuvre d’inspiration moderne (ci dessous), représentant les armes de Sénéchal de Garlande. Celle-ci est accrochée dans l’escalier d’honneur de l’actuelle mairie.

*    D’or avec deux bandes rouges
**  Casque avec des bandes d’étoffes découpées encadrant l’écu.
*** Force (dans le sens de vigueur) et Volonté.