LES TRIBULATIONS DE LA TERRE TORCÉENNE

Nota : au 01/10/2012, la page Wikipédia relative à la liste des Seigneurs de Torcy relève, pour une bonne part, de ce que l’on pourrait dénommer du « grand n’importe quoi » !  Lire la suite sur Coup "d'Humeur" !

Fautes de sources abondantes et concordantes, il est pratiquement impossible de connaître les Seigneurs d’un lieu avant le XIIè siècle. Auparavant, les indications d’occupation d’un territoire sont souvent parcellaires et issues des catalogues de biens, tant en propriétés qu’en droits de redevances, relevant de congrégations religieuses.

Aussi, commençons par le commencement et intéressons nous au long voyage de Torcy au gré des siècles. 

Des terres possédés par des moines … 

Si, lors de fouilles, on a trouvé quelques outils néolithiques en silex, ainsi qu’une perle en pâte de verre, gallo-romaine ou mérovingienne, et des tressons de bouteille, on ne sait rien de notre territoire sous la dynastie capétienne (465/751)

C’est sous la dynastie carolingienne (751/987) que Torcy apparaît « officiellement ». Tout d’abord lors du règne de Charles II (Roi de 840 à 877) avec un document daté de 868, conservé aux Archives Nationales, mentionnant simplement le lieu. Ensuite lors du règne de Clothaire II (Roi de 954 à 986) où le terrier1 de l’Abbaye de Saint Pierre des Fossés (autrement dit Saint Maur) décrit les possessions qu’elle a à Torciacum2. Elles sont manifestement d’importance puisqu’elles occupent trente-deux ménages d’ouvriers à charrue et trois de manouvriers3. Il y a aussi six hospices accueillant soixante et onze hommes. Tout ce monde travaille la terre qu’il a pour charge de labourer et d’ensemencer en bled d’hiver4 et en trémois5. Et puis comme tout, à cette époque, est sujet à imposition , les habitants des lieux n’y échappent pas. Les chartiers6 règlent, une années 5 sols7 et, la suivante une brebis, un agneau et deux muids8 et demi de vin. Ils doivent d’autre part, trois corvées, trois poulets et des œufs. Les manouvriers sont soumis aux mêmes redevances mais sans les corvées. Quant aux hospices, ils payent en commun trois muids et demi de vin et, chacun, un poulet avec des œufs. La nature de ces redevances indique, en dehors de terres, la présence importante de vignes.

Au 13è siècle, l’abbaye possède encore « un hôtel et une ferme de 44 arpents 9 de terre, 22 de prés et 10 de vignes ». Au 16è, le Collège de Dorman à Paris, a droit de prendre dans le « Clos de Saint Maur », au moment des vendanges « une certaine quantité de vin de meregoutte10 »

XIIè siècle, les premiers Seigneurs de Torcy sont de la Maison de Dreux avec …

 Armes
de la
Maison de Dreux
  • Robert 1er, Comte de Dreux (1125/1188). Celui-ci est aussi (et c’est la première fois que l’on trouve mention du titre) Seigneur de T orcy. Au décès de sa première épouse, Agnès de Garlande, Robert 1er se remarie avec Havïse, fille de Gauthier d’Evreux, puis à la mort de cette dernière (1152) il épouse en troisième noces, Agnès de Braine avec laquelle il a 10 enfants dont …
  • Guillaume de Dreux (1163/1189) qui devient Seigneur de Torcy, Brie Comte Robert et Chilly. Au décès de ce dernier, les possessions torcéennes passent entre les mains de…
  • son frère Robert II le Jeune (1154/1218), Comte de Dreux, Comte de Braine, Comte de Nevers, Seigneur de Torcy, de la Fère en Tardenois, Quincy, Longueville, Brie Comte Robert et Chilly. En 1184, il épouse, en secondes noces, Yolande de Coucy dont il aura 12 enfants, dont…
  •  Philippa (1192/1242) qui devient Dame de Torcy, Quincy et Longueville

Torcy quitte la maison De Dreux pour passer à celle de Bar avec….

  • Dame Philippa épouse en 1219, Henri II Comte de Bar (1190/1239) en lui apportant le domaine de Torcy. De cette union naîtra…
  • Thibaud II (1221/1291) Comte de Brie, Comte de Bar, Comte de Saint Fargeau et Seigneur de Torcy où, vers 1245, il bâtit une forteresse (voir Zoom Forteresse et Châteaux). Il épouse en 1266, en secondes noces, Jeanne (1231/1317), Dame de Toucy (et non Torcy) avec qui il aura 12 enfants dont … 
  • Henri III (1259/1302) Comte de Bar et Seigneur de Torcy. Ce dernier épouse, en 1294, Éléonore, Fille d’Édouard 1er, Roi d’Angleterre. Cette alliance va le conduire à entrer en révolte avec le Roi de France, Philippe le Bel qui, par Lettres datées de Pâques 1297, lui confisque toutes ses possessions. 

Armes de la
Maison de Bar

Puis Torcy devient une terre donnée au gré de la volonté royale …

  • 1297, Philippe le Bel (Roi de 1285 à 1314) la donne à Jean de Chevry (???/1300) neveu de Pierre de Chevry, (abbé de Saint Maur des Fossés) et qui deviendra Évêque de Carcassonne. A charge pour lui de payer aux religieux de Saint Maur et aux religieuses de Faremoutiers « ce qui avait accoutumé de l’être » 
  • De 1300 à 1343, hors les droits seigneuriaux versés aux religieux de Saint Maur et de Faremoutiers, on ne sait pas qui possède Torcy.
  • 1343. Philippe VI (Roi de 1328 à 1350) remet Torcy à son fils Jean, Duc de Normandie, qui en … 
  • 1350, lors de son accession au trône, sous le nom de Jean II, dit « le Bon » (Roi de 1350 à 1364), délègue à Robert de Lorris (???/1380), son Chambellan, le droit « d’en faire hommage11 en ses lieux et place ». Autrement dit, à lui de décider à qui confier cette terre et selon quelles conditions. Robert de Lorris a t-il usé de cet honneur ? Si oui, aucune trace ne nous en est parvenue.
    Anecdote : Le Chambellan était apparenté à Guillaume de Lorris à qui l’on doit « Le roman de la rose » 
  • 1362, Torcy connaît une transformation notable. Le roi, en échange de terres à Ozoir la Ferrière et d’un fief à Vivier, rachète les droits seigneuriaux que l’Abbaye de Saint Maur y possédait encore.
  • 1380 – 1422. On ne trouve nulle trace d’attribution de la terre. Ce qui laisse entendre que, durant ces soixante années, Torcy est resté dans le domaine royal de Charles VI dit « Le Fou » (Roi de 1380 à 1422).
    Un fait peu nous permettre d’accréditer cette hypothèse. C’est celui de la destruction, dans la période située entre 1411 et 1415, de la forteresse de Torcy (voir Forteresse et Châteaux). Celle ci est le fait des Armagnac, lors de la guerre civile les opposant aux Bourguignons. Or Charles VI, faisant partie de ces derniers, il est parfaitement concevable que les Armagnac, occupant la Brie dès la fin de 1410, aient voulu réduire une place forte leur étant hostile, et ce, d’autant plus qu’elle relevait de l’autorité directe de leur adversaire.

Torcy, balle de "ping pong" lors d’une succession dynastique … 

1422. Au décès de Charles VI, suivi, la même année de celui de Henri V, une question se pose : Qui doit monter sur le trône entre le fils de Charles VI , ex roi de France, (mais d’une France se limitant aux provinces entourant Bourges), ou du fils d’Henri V, ex roi d’Angleterre et de France (mais d’une France très étendue, comprenant entre autre Paris et l’Ile de France) ?
Qui entre le fils de Charles VI (Charles VII, 20 ans) et le fils d’Henri V (Henri VI , enfant de 9 mois) va pouvoir ceindre la couronne ?

Au Chancelier de France et à son Conseil (sorte de 1er Ministre et de gouvernement) de décider ! Or, le Chancelier en poste à cette période est Jean Le Clerc (???/1438), nommé par Henri V en 1520. Celui-ci va bien sûr convaincre le Conseil que le bon choix est celui d’Henri VI. Ce qui naturellement n’a pas le don de plaire au Prince Charles qui, prenant de vitesse son concurrent en se fait couronner Roi le premier, sous le nom de Charles VII (Roi de 1422 à 1461). 

Et Torcy dans tout cela ? 

  • 1422, dans un premier temps, Charles VII en confie les biens à Jacques Lempereur, Échanson et Gardien des Coffres du Roi.
  • Puis un an plus tard, en 1423, Henri VII (après tout ce sont ses armées qui occupent ce territoire !), à travers le duc de Bedford, Régent, les confisque à Jacques Lempereur pour les donner, sans doute à titre de gratitude, à Jean Le Clerc. Expression de la complexité de l’époque, Jean le Clerc, malgré son mauvais choix « royal » est toujours Chancelier de France. Il le restera jusqu’en 1425 où il sera déchargé de sa fonction « pour son grand âge » !. 
  • 1453, Charles VII met fin à la Guerre de 100 ans en chassant les Anglais de France (ces derniers ne sont plus présent qu’à Calais). Trente ans après son accession au trône, il est devenu, territorialement le seul Roi de France. Les terres de Torcy reviennent dans le domaine royal et … 

Torcy renoue avec son rôle de remerciement royal … 

  • 1466, Louis XI (Roi de 1461 à 1483), par lettres patentes, donne à Thomas de Houston (???/1472), natif d’Ecosse, la terre et seigneurie de Torcy en Brie pour en « jouir sa vie durant ». En échange il lui reprend la châtellenie de Gournay que Charles VII lui avait donnée en récompense de sa participation à chasser les anglais de Meaux, ville ou il fut le premier à entrer et où « il avait été mutilé et blessé en plusieurs endroits de son corps ». A sa mort en … 
  • 1472, Louis XI, le 22 décembre, confie Torcy, « pour sa vie durant », à Pierre Cleret (???/1482), Ecuyer, Homme d’armes de l’ordonnance du Roi. A sa mort, Torcy revient dans le domaine du Roi qui en fait don en … 
  • 1484 à Etienne Petit (1449/1523), Procureur du Roi et Contrôleur de la trésorerie et recette générale des finances des pays du Languedoc . A la mort de ce dernier, en…
  • 1523, selon l’abbé Lebeuf qui fut le premier à faire un travail de synthèse historique sur les villes et villages de Seine et Marne, François 1er (Roi de 1515 à 1547) l’aurait donné, en même temps que les seigneuries de Moret, Crecy, Brie Comte Robert, Tournan et La Ferté Allais, à Louis de Poncher12 (???/1521), Général des Finances, Trésorier de France et seigneur de Lésigny, contre la somme de 40.000 livres. Son épouse et lui même reposent dans un tombeau en marbre, sculpté de gisants par Guillaume Regnault et Guillaume Chaleveau, Initialement établi en l’église de Saint Germain l’Auxerrois, il est, de nos jours, exposé dans le département Sculptures du Musée du Louvre.
L’attribution à Louis de Poncher soulève deux interrogations :
1 - Ce dernier , étant mort un an plus tôt, il paraît logique d’imaginer que la date réelle soit celle de 1521 et non 1523.
2 - Selon l’habitude de l’époque, l’attribution royale de terre avait toujours comme terme, le décès du bénéficiaire. Or rien n’indique qu’à la mort de Louis Poncher, quelques mois seulement après avoir obtenu les terres de Torcy, que celles-ci soient revenus dans le domaine royal jusqu’en 1529, date à laquelle elles sont de nouveaux attribuées. Alors, où sont-elle passées ? Nous avons peut être une réponse avec le sort des terres de Brie Comte Robert, obtenues par Louis Poncher en même temps que celles de Torcy. En 1521, elles sont passées directement dans les biens d’Anne Poncher, sa fille, et le resteront jusqu’en 1528, date présumée de sa mort. De là à penser que les terres de Torcy aient connu le même sort, il n’a qu’un pas aisé à franchir. Sans doute s’agit-il là d’une dérogation royale aux habitudes et tenant compte que percevoir 40.000 livres pour un usage de quelques semaines n’était pas d’une grande justice.
  • 1529 (1528 semblerait être la réalité) François 1er donne Torcy (en même temps que Tournan et Monthléry) au Chevalier François de Perrusse des Cars (1500/1574), Seigneur de Vauguyon, Prince de Carency et par ailleurs Conseiller, Chambellan et Gentilhomme de la chambre du Roi. Ce don est effectué pour compenser la perte de terres au Piémont par la maison des Cars suite au traité de Madrid (1526) où la France, défaite à la bataille de Pavie, doit renoncer à ses prétentions en Italie. 
  • 1550. Henri II (Roi de 1547 à 1559), à titre de remerciement pour avoir fortifié le château de Pontestures, dans le marquisat de Montferrat, donne les terres torcéennes à Nicolas Durand de Villegagnon (1510/1571), Vice Amiral de Bretagne, explorateur et fondateur de « France Antarctique », éphémère colonie française dans la baie de Rio de Janeiro.
  • 1571. Torcy revient dans le domaine royal et en …
  • 1576, Henri III (Roi de 1574 à 1589) l’engage, en contrepartie de 17.020 livres, à Geoffroi le Camus (1539/1626), Seigneur de Pontcarré et Conseiller au Parlement de Paris. Ce dernier, en 1618, dote l’ancienne église de Torcy (démolie vers 1875 et située approximativement en face de la Ferme du Couvent) d’une tour clocher. 
  • 1624 (peut être 1626), le seigneur de Torcy est Jehan II de la Croix (???/1631)13, Conseiller, Notaire et Secrétaire du Roi. A son décès en … 
  • 1631, le titre revient à Joachim Beraud (1603/1683), Grand Audiencier de France. En 1656, il acquiert pour 234.800 livres les terres avoisinantes de Croissy. Et c’est sous son impulsion que les marchés et foires, qui se tenaient auparavant à Croissy, sont transférés sur Torcy faisant ainsi revivre celles qui avaient été autorisées par privilège royal de Louis XII en 1505 et qui étaient tombées en désuétude. Drôle de parcours que celui de Beraud « qui de médecin s’était fait grand audiencier, après être devenu fort riche » mais qui, à l’évidence, n’avait jamais été disciple d’Hippocrate ! 

Torcy entre dans la maison des Colbert …. 

  • 1664. Marguerite, fille unique de Joachim Beraud, épouse Charles Colbert (1629/1696), frère cadet du « Grand Colbert » et lui apporte en dot les terres de Croissy et Torcy. 
Frère du « grand Colbert », Charles Colbert après avoir exercé les charges d'intendant des armées de Catalogne, Provence et Naples, achète une charge de conseiller au parlement de Metz. Cela lui donnera une compétence particulière pour les affaires d'Allemagne.
En 1656, il est nommé intendant d'Alsace, province nouvellement rattachée au royaume. Charles Colbert y apprend l'allemand et remplit ses premières missions diplomatiques dans l'Empire (Francfort, Vienne, Dantzig) et à Rome.
Magistrat principal du parlement de Metz en 1662-1663, maître des requêtes, conseiller d'État, intendant dans diverses généralités et aux armées, Magistrat principal au parlement de Paris, il franchit rapidement, grâce à son frère aîné, tous les échelons de la carrière administrative.
Son mariage avec Françoise Béraud, fille unique d'un conseiller d'État grand audiencier de France, sieur de Croissy-en-Brie, lui apporta une fortune considérable, un château, une terre, un nom.
Le traité d'Aix-la-Chapelle (1668) marque le début de sa carrière diplomatique. En poste à Londres pour détacher la Hollande de l'Angleterre, il ne rentre que pour présider la délégation française aux conférences de Nimègue (1675-1678). Le roi lui accorde de larges pouvoirs pour mener toutes ces difficiles négociations. Envoyé à Munich pour consolider l'alliance entre la France et la Bavière, il est nommé à son retour secrétaire d'État aux Affaires étrangères. De 1680 à 1696, il siège au Conseil d'en Haut (Conseil d’Etat sous Louis XIV et Louis XV).

  • 1676. La châtellenie de Croissy et Torcy est érigée en Marquisat14. Charles Colbert prend alors le titre de Marquis de Croissy.
  • 1696.Jean Baptiste Colbert (1665/1746), fils ainé de Charles Colbert, Secrétaire d’État aux Affaires Étrangères, succède à son père dans tous ses biens et prend le titre de Marquis de Torcy. 

 Jean Baptiste Colbert, à ne pas confondre avec son oncle homonyme le « Grand Colbert » (1619/1683)* reçoit une excellente formation de diplomate et devient secrétaire d’État aux Affaires étrangères en 1696, il négocie le traité de Ryswick de 1697. En 1699, il est nommé surintendant des postes et en 1700, il devient ministre d’État. Il négocie le testament du roi Charles II d’Espagne qui offre la couronne espagnole au petit-fils de Louis XIV, le duc d’Anjou, futur Philippe V d’Espagne. Dans la guerre désastreuse qui survient alors, il est l’un des inspirateurs de l’appel au «sursaut national» lancé par Louis XIV en 1709. En 1714 et 1715, il négocie au mieux le traité d’Utrecht et le traité de Rastatt, qui marquent la perte de la prééminence française en Europe. En 1712, il crée une école de formation pour les futurs diplomates. À la mort de Louis XIV en 1715, il doit abandonner les Affaires étrangères et ne conserve que la surintendance des postes, jusqu’en 1723.

* C’est pour cela que ses contemporains, puis l’Histoire, le désigneront sous le surnom de « Torcy » permettant à notre commune d’avoir très tôt l’honneur de figurer dans les dictionnaires ! !

Anecdote : Jean Baptiste Colbert laissera des Mémoires intéressants sur l’Histoire de son temps, écrits qui obtiendront ce jugement flatteur de Voltaire « On y reconnaît le goût de la Cour de Louis XIV, mais leur plus grand mérite est dans la sincérité de l’auteur. C’est la modération elle même qui conduisait sa plume. »
Anecdote : Colbert était aussi Marquis de Sablé sur Sarthe où il fit édifier l’actuel château de la ville. Et si Torcy n’a gardé dans son patrimoine aucune mémoire de son « ancêtre », il n’en est pas de même à Sablé qui possède son collège «Colbert de Torcy».
Nota : L’image ci-contre représente réellement Jean Baptiste Colbert vers l’âge de 35 ans. (Miniature sur velin peinte vers 1689 par Jean Petitot, dit « le jeune ») Nous faisons cette précision pour mettre en garde sur les 9/10è des sites parlant de « Colbert de Torcy » et où l’illustration jointe est celle de son oncle, « le grand Colbert » ! Pour découvrir un
autre portrait plus « grandiloquent », cliquez ici !

 Blason
des Colbert

A l’époque de Jean Baptiste Colbert, Torcy compte « 144 maisons, 139 taillables, 144 familles et 27 veuves ou filles tenant ménage ».
En 1726, le Marquis obtient de Louis XV (
Roi de 1715 à 1774) la confirmation royale de l’établissement, sur Torcy, d’un marché par semaine et de deux puis trois foires par an (1er jeudi de mai, 16 août et 9 décembre) avec la permission « d’y bâtir des halles et des bancs » et le droit d’en percevoir « afin de ne pas négliger ses intérêts, des droits ».
La même année, il obtient pour toutes ses terres le droit de justice par le rétablissement des fourches patibulaires
15.
Quelques temps après, il fait acheter ce qu'il reste de biens appartenant à l'Abbaye de Saint Maur sur Torcy en échange d'une rente de 950 livres16 sur la ville. Très vite, cette rente sera diminuée de moitié. Elle disparaîtra même complètement après la Révolution.

  • 1746. Jean Baptiste Joachim Colbert (1703/1777), fils de Jean Baptiste Colbert et Lieutenant Général, prend les rênes du Marquisat tout en prenant le titre de Marquis de Croissy. En 1754, il achète une charge de Capitaine de la Porte du Roi mais se trouve en défaut de paiement d’une partie de la somme. Aussi … 

Torcy sort de la maison des Colbert … 

  • 1764, Louis XV détache les terres de Torcy et Croissy (mais sans le titre de Marquisat) pour les remettre à Antoine François Bouret de Valroche (???/1776), Écuyer, Secrétaire du Roi et Fermier Général. Le tout pour une somme de 420.000 livres, solde de la somme due par Joachim Colbert. 
  • 1776, à la mort de Bouret de Valroche, sa fille laisse ses biens entre les mains de créanciers, lesquels les vendent en …
  • 1779 à Etienne Pascal Gigault de Crisenoy (1720/1788), Ecuyer. Un an plus tard, en 1780, ce dernier est obligé, par un arrêt du Parlement, de rétrocéder Croissy (mais pas Torcy) à la Comtesse de Villereau, qui n’est autre que la fille de Bouret de Valroche, celle-là même qui avait abandonné ses biens à ses créanciers ! 
  • 1788. A la mort d’Etienne de Crisenoy, la famille a t’elle gardé Torcy dans la période troublée d’avant la Révolution ? Nul document, à ce jour, nous permet de l’affirmer ou de l’infirmer. Aussi, c’est en toute bonne fois que nous pouvons le considérer comme le dernier Seigneur de Torcy. 

1789. La Révolution abolit les privilèges et crée les communes en leur affectant des limites territoriales et des droits. Nous entrons alors dans l’ère des collectivités, des Conseils Municipaux et des Maires. Et ceci est une autre histoire ….


1 Catalogue des biens

2 Venant probablement de Torcius
3 Le manouvrier est un homme ou une femme qui travaille avec ses mains (on l’appelle aussi « brassier ») et à la journée. A la veille de la Révolution, les manouvriers constituaient le prolétariat le plus important.
4 Le bled est un terme de langage courant désignant l’ensemble des céréales et pas seulement le blé ou le froment.
5 Le trémois est, soit une variété de céréale ne tenant que trois mois en terre, soit un mélange d’avoine, froment et vesces que l’on sème au printemps et que l’on coupe « au vert », afin de le donner comme fourrage aux bestiaux.
6 Les chartiers, par opposition aux manouvriers sont ceux qui travaillent avec un outil.
7 Le sol est une monnaie de billon (cuivre allié à un peu d’argent) valant un vingtième de la livre. Le sol ou « sou » équivaut à 12 deniers.
8 Muid : ancienne mesure de capacité pour les liquides, les grains, le sel … A Paris le muid est de 268 litres pour le vin et de 1872 litres pour les matières sèches.
9
Autrefois, les mesures agraires se calculaient en « arpents », eux mêmes constitués de cent « perches ». La « perche » étant une barre de bois de 3 à 4 mètres de long selon les régions. A Paris, un arpent était l’expression de 34 ares actuelles.
10
On désigne sous ce nom le jus coulant du raisin avant qu’il ne soit pressuré.

11
Foi et Hommage. C’est la cérémonie au cours de laquelle le vassal se déclare l’homme de son suzerain. Elle s’accompagne du serment de fidélité et précède généralement, l’attribution d’un fief au vassal.

12
Parfois orthographié Louis Poncher, Louis de Ponchier ou Louis Ponchier

13
Ou Jean de la Croix. Il avait un frère, Nicolas, qui était Seigneur du Vivier, fief Torcéen sur lequel, un siècle plus tard sera construit le couvent de Bénédictines.

Anecdote
: A leur mort, les deux frères seront ensevelis sous la nef de la première église de Torcy. A la destruction de cette dernière, vers 1860, leur sépulture rejoindra, d’abord, le cimetière de la Grande Rue, puis à la fermeture de celui-ci, en 1884, l’actuel cimetière dont ils sont les plus anciennes tombes.

14 Il y a sept degrés de noblesse qui sont (du plus petit au plus grand) : Châtelain, Baron, Vicomte, Comte, Marquis, Duc et Prince.
15 Un Seigneur, par autorisation royale, peut disposer sur sa terre d’un droit de justice. Il peut être de « basse », « moyenne » ou « haute justice » en fonction des crimes et délits que le Seigneur est habilité à juger. Seul le droit de « haute justice » lui donne le droit à condamner à toutes sortes de peines afflictives, y compris la mort. De ce fait, il doit pouvoir disposer de prisons sûres, de piloris, de poteaux à mettre carcan et de fourches patibulaires. Ces dernières consistent en des colonnes de pierre soutenant des pièces de bois auxquelles on pend les criminels et où on laisse leurs corps exposés à la vue du public. Elles sont généralement dressées en dehors des villes, sur des lieux élevés et en bordure de chemins fréquentés de manière à être vues du plus grand nombre car outre leur fonction elles se doivent « d’avoir valeur exemplaire, effrayante et dissuasive ». Le droit concédé de haute justice, ayant fait l’objet de trop d’abus, fut progressivement transféré à la justice royale et totalement supprimé sous la Révolution Française.
16
C’est une monnaie (fictive – c’est à dire qu’il n’en existe aucune pièce) de compte servant dans les transactions commerciales et dont la valeur a varié suivant les temps et les lieux. La livre, au 18è siècle, vaut environ 7 Euros.


Sources consultées pour la rédaction de cet article

« Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris » Henri Sauval – 1724, “Nouveau supplément au grand dictionnaire historique généalogique, géographique” Louis Moreri - 1753, "Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris” Abbé Lebeuf - 1758, “Histoire topographique, politique, physique et statistique du département de Seine-et-Marne” F. Pascal - 1836, “Essais Historiques et statistiques sur le Département de Seine et Marne" Louis Michelin – 1841, « Les derniers maîtres des requêtes de l'Ancien Régime » Sylvie Nicolas – 1998, « Mémoires » Saint Simon - 1856, « Arts et culture: une vision méridionale » Marianne Barrucand – 2001, « Armorial général » Louis Pierre d’Ozier – 1764, « Dictionnaire de la noblesse de France » François Alexandre Hubert de la Chesnaye Desbois – 1775, www.les.rois.de.france.free.fr, www.blason-armoiries.org, www.web.genealogies.free.fr, www.racineshistoire.free.fr, www.gw3.geneanet.org, www.goullet.fr/jp, www.vjf.cnrs.fr/charlesVI, Encyclopie Universalis, Cité scolaire de Sablé sur Sarthe in http://cite-colbertcros-72.ac-nantes.fr/citesco