GAZ ET ÉLECTRICITÉ A TORCY

Si c’est l’ingénieur français Philippe Lebon - image ci-contre - (1767/1804), qui, à la fin du 18è siècle, trouve le moyen de « domestiquer » le gaz issu d’émanations naturelles ou de la décomposition de matières organiques, c’est en Angleterre, vers 1805, que va véritablement naître l’éclairage au gaz, suivi, quelques années après, de l’invention du gazomètre comme unité de stockage destinée à réguler la pression du fluide. Il faudra attendre le 1er janvier 1829 pour que cette nouvelle source d’éclairage public apparaisse en France, à Paris, où, quatre lanternes « illuminent » alors la place du Carrousel. Le lendemain, c’est au tour de la rue de Rivoli, toujours avec des lanternes. Le succès auprès des promeneurs est immédiat. Trois mois plus tard, les premiers candélabres (poteaux en fonte au sommet desquels se fixaient les lanternes) font leur apparition rue de la Paix, Place Vendôme et place de l’Odéon. Au fil des années, la capitale, comme nombre de métropoles provinciales, remplace progressivement tous ses réverbères à huile par des « becs de gaz », et accroît, dans le même temps, le nombre de points ou lieux éclairés. En 1839, Paris avait 69 becs de gaz et près de 13.000 lanternes à huile. A la veille de la guerre de 1870, ce sont 32.000 « becs » qui sont en place ! L’image de la « ville lumière » est alors en place !

Le gaz arrive à Torcy !

Mais si les grandes villes ont les moyens de se doter d’éclairage public, il n’en est pas de même dans les campagnes. Dans la plupart des villages, les seuls points d’éclairage extérieur sont souvent les lanternes à huile des auberges et cafés. Et encore faut-il comprendre que ceux-ci ont surtout pour vocation d’être des « indicateurs de position » et non des outils confortant les promenades nocturnes. D’autre part, les habitants, mal éclairés dans leurs logis par de médiocres bougies ou bien par des lampes à huile ou au pétrole, sont impressionnés par l'obscurité des rues, et se couchent avec les poules. Mais, peu à peu, l’adage, cher aux citadins, voulant que « l’obscurité soit l’ennemi de l’ordre » gagne les campagnes.

C’est ainsi qu’à Torcy, le 25 août 1907, est inauguré, par Alphonse Duval, Maire, le gazomètre. Situé le long de la route de Noisiel et Lagny, à côté de l’usine d’élévation des eaux (voir ci-dessous sur la carte de gauche, le bâtiment sur la droite de l'usine des eaux) et à quelques centaines de mètres du carrefour des Cantines, il est l’expression d’une concession passée avec Monsieur Corcessin, entrepreneur à Esbly, et l’autorisant à « établir sous le sol des chemins vicinaux et des rues de la commune, les conduites en fontes et tous les appareils destinés à la distribution de gaz et à l ‘éclairage public ».

Comment est alors produit le gaz ? Nous n’avons trouvé aucun document nous l’indiquant. Une chose paraît certaine, il ne s’agit pas de l’exploitation d’un gisement de gaz naturel. Provient-il de la houille distillée ? Cela semble improbable quand on regarde les cartes postales de l’époque où rien ne permet de distinguer un quelconque stockage de charbon. S’agit-il de gaz produit à partir de schiste ? Là aussi, l’absence de carrières à proximité en fait douter. Sans doute, comme dans la ville voisine de Claye Souilly, s’agit-il d’acétylène obtenu par la réaction de l’eau sur le carbure de calcium. Un procédé plus onéreux que les autres mais offrant un pouvoir éclairant supérieur avec une flamme plus blanche.
Le gaz produit est stocké en extérieur dans un gazomètre à colonnes (voir ci-dessus à droite) reconnaissable à sa charpente de guidage caractéristique dans laquelle coulisse la cloche du gazomètre. Le gaz est conservé sous la cloche, dont la hauteur varie, en fonction de la quantité de gaz emmagasinée, par un système de flottaison sur un réservoir d'eau permettant, tout à la fois, d'assurer l’étanchéité à la base et d’accueillir les parois de cette cloche lorsqu'elle est en position abaissée.

Du gazomètre part une conduite principale, alimentant le bourg tant pour l’éclairage public que pour les particuliers qui demandaient à s’y raccorder. Elle est enfouie le long du chemin de la Messe pour ensuite se diviser vers les rues principales du bourg. Une seconde, de moindre section, va alimenter le carrefour des cantines et les guinguettes.

L’éclairage des rues est alors assuré en 24 points de la commune. (22 lanternes et deux candélabres)

Les lanternes sont composées de quatre fenêtres en verre protégeant des perturbations extérieures et insérées dans un couvercle à base carrée Intégrant un réflecteur concave recouvert d’un chapeau en fonte percée permettant de ventiler la flamme. A l’intérieur, un manchon de soie entoure le bec d’arrivée du gaz. Hors celles posées sur candélabre ou colonne de pierre, les lanternes de Torcy sont en bout d’un bras en fer forgé ouvragé lui même fixé à plus de trois mètres de hauteur sur un mur. Ceci permettant de mettre les appareils hors de portée des enfants ou des plaisantins comme d’assurer un rayonnement lumineux maximum.

Le réseau d’éclairage public fonctionne alors tous les jours (sauf entre le 1er juillet et le 15 août et les jours de pleine lune avec ciel dégagé) jusqu’à 22h30 et le dimanche jusqu’à minuit. 

Si aujourd’hui, allumer ou éteindre l’éclairage public se fait automatiquement, il n’en est pas de même à l’aube du 20è siècle. Tout est fait « à la main » par des « allumeurs de réverbères ». A Torcy, ils ne font pas partie du personnel communal mais sont rétribués par le concessionnaire. Au nombre probable de deux, ils démarrent leur tournée une demi heure avant la tombée de la nuit et sont reconnaissables à la longue perche munie d’un crochet, qu’ils portent sur l’épaule. Cette perche comporte, à la base, une poire reliée à un fin tuyau débouchant au droit de la flammèche d’un lamperon à huile ou à alcool fixé à l’autre extrémité (plus tard, ils porteront en bandoulière une sacoche contenant une batterie d'accumulateur alimentant un fil électrique montant jusqu’en haut de la gaule). Avec le crochet, ils débloquent le bec du pointeau d’alimentation. Une légère pression sur la poire pousse la flamme du lamperon vers le gaz fusant à l’intérieur du manchon qui s’enflamme aussitôt. Lors de la tournée d’extinction, seul le crochet est utilisé pour fermer le pointeau d’alimentation. Durant la journée, les allumeurs ont pour tache de vérifier le bon état du réseau (moucherons, papillons et hannetons constituant une menace permanente pour les manchons de soie qu’ils parviennent à déchirer) et de nettoyer les vitres des lanternes.(Illustration : Allumeur de réverbère à Paris. © Estate Brassaï 1930)

Du gaz à l'électricité !

En 1930, le « gazomètre » devient aussi, sous le nom « Société du gaz et de l’électricité de Torcy Vaires », le premier fournisseur d’électricité de la commune. L’arrivée de l’électricité va permettre, du jour au lendemain, de multiplier par quatre le nombre de points d’éclairage public et de les faire fonctionner en été, du crépuscule jusqu’à minuit et, en hiver jusqu’à 22h30 (exceptions faites des dimanches : minuit, et des soirs de Noêl et du jour de l’An : 1h30 du matin). Quant aux particuliers raccordés, ils sont dotés de carnets d’abonnés qui, tout d’abord, diffèrent selon la nature de l’énergie, puis qui, au fil du temps, deviennent « uniques ».

Le « gazomètre » va devenir inutile après la Seconde Guerre Mondiale, suite au monopole d’EDF puis à la construction de la centrale thermique de Vaires. Plus rien ne rappelle aujourd’hui sa présence. 

 
Le pont de Torcy avec au fond à gauche, la centrale thermique de Vaires
Quant à l’évolution de l’éclairage public sur un siècle, prenons à titre d’exemple, la rue de Paris (y compris la place de l'Église). De 8 becs de gaz en 1907, elle est passées à 29 points lumineux électriques en 1930, à 40  au milieu des années 1950, pour finir, de nos jours, en 2012, à plus de 80 candélabres fonctionnant toutes les nuits de l’année et sans coupure !

ANNEXE : Situation des 24 points d’éclairage public au gaz en 1907

Le symbole « C » indiquant une certitude validée par les cartes postales anciennes.
Le symbole « H » étant une hypothèse basée sur l’espacement théorique des points d’éclairage et les zones d’urbanisation dense)



1 (C) - A l’angle de la rue de Paris, face à la rue de la Mare aux Marchais sur la façade du café Galand (approximativement l’étude notariale d’aujourd’hui)
 

1 (C) bis - A l’angle de la rue de Paris, face à la rue de la Mare aux Marchais sur la façade du café Galand (approximativement l’étude notariale d’aujourd’hui)

2 (C) - Rue de Paris, face à la rue Vignette et à l'actuelle Pharmacie du Centre, sur la façade du magasin Suard (aujourd’hui le magasin Minet)
 

3 (C) - Rue de Paris, face à la place de l’Eglise, sur la façade des « écuries et remises » de l’Eglise (aujourd’hui la brasserie Saint Barth)
 



4 (C)- Rue de Paris, face au tabac Siméon. Il s‘agit là d’une lanterne posée sur une colonne de pierre
   
5 (C) - Rue de Paris, face à la rue de l’Orangerie et à la première poste (aujourd'hui Institut Chris and Form).
 

6 (C) - Rue de Paris à l’intersection avec la route de Croissy (avenue de Lingenfeld) sur le mur de l’épicerie Parde (à peu près en face de la Société Générale de maintenant)  

7 (C) - Grande Rue à l’intersection des rues des Écuries (rue du Cèdre) et de la Chapelle. (un peu plus haut que la pharmacie Génin actuelle)

8 (C) - Grande rue, en face de l'actuelle boulangerie, sur le mur du Grand Bazar de Torcy (aujourd’hui la résidence HLM "La Vigne") 
 
9 (C) - Grande rue, candélabre à l’intersection des rues Vignette et Chèvre et de la Grande Rue (Aujourd’hui la place devant le café « Torc’ Bar »

10 (C)- Rue de l’Orangerie, après les maison "jumelles", face à l’actuelle rue de Girvan Il s'agit d'une lanterne posée sur une colonne de pierre.
 
11 (C)- Rue de l’Orangerie à l’intersection avec la rue des Écuries (rue du Cèdre). Face au cèdre sur la première maison de la rue des Écuries.

12 (C) - Place Gerfaut sur le mur de l’actuelle boulangerie du Cèdre, face à la rue des Cornets.

13(C) - Rue des Cornets à l’intersection avec l’allée du Jeu de Paume sur le mur du coiffeur (auj. Café du jeu de Paume)

14 (C) - Rue de la Chapelle, pratiquement au niveau de la rue de Paris, sur la façade du café Béguin (aujourd’hui Allo Pizza)
 
15 (C)- Rue de la Chapelle, trottoir de droite en remontant, sur le coude de rue après l’actuel Salon de Toilettage pour animaux



16 (C) - Rue Chèvre (aujourd'hui Grande Rue), en face de l’ancien lavoir  

17 (C)- Candélabre au carrefour des Cantines à l’intersection avec la route de la Gare (Rue de la République)


18 (H)
  - Rue de Paris face à Maison Blanche (aujourd’hui Résidence pour Personnes Agées Lucien Mayadoux)

19 (H) - Rue de Paris à l’intersection de l’avenue de la gare (rue des Tilleuls) sur la façade du café « Au bon vin de Bourgogne (aujourd'hui : habitation) »

20 (H) - Rue de l’Orangerie à l’intersection, avec la rue Briante


21 (H)
- Rue de l’Orangerie, à l’intersection de l’actuelle avenue François Mitterrand
22 (H)- Rue des Cornets à l’angle de la rue Briante

23 (H) - Angle rue Bazar et place du Jeu de Paume (au niveau des châteaux d’eau)
24 (H)- Rue Vignette au premier coude de la rue après la rue de Paris

Sources consultées pour la rédaction de ce chapitre

« L’éclairage au gaz » Anselme Payen – 1867, "Bulletins municipaux annuels" 1968 à 1973 - Mairie de Torcy, « Histoire de l’éclairage public en France » in http://phozagora.free.fr, « De l’éclairage au gaz à l’éclairage public » in http://www.geopedia.fr