CHAPELLE ET ÉGLISES

Torcy a été, à l'origine rattachée à la paroisse de Lognes et pendant longtemps, il n’y eut aucun lieu de culte sur le village. Ni église, ni chapelle.
C’est dans le Pouillé, écrit au 13è siècle, que l’on apprend que Torcy, possède une chapelle, comme lieu de culte. C’est une chapelle de fondation royale, mise sous la protection de Louis IX, le futur Saint Louis. Où est-elle ? Probablement à l’intérieur de la forteresse construite, vers1245, par Thibaud II, Comte de Bar, (c’est à dire sur l’emplacement de la ferme du Couvent et du domaine du Clos actuels). On n’a aucune trace de l’identité du desservant alors nommé par le Roi.

Lorsqu’au 15è siècle, la forteresse est détruite par les Armagnacs (voir Zoom Forteresse et Châteaux), la chapelle échappe manifestement au massacre. Mais cette guerre civile entre Bourguignons et Armagnacs, a tellement diminué la population que les autorités religieuses décident, à nouveau, de rattacher Torcy à Lognes. Cela va durer une trentaine d’année et rien ne nous est parvenu pour savoir si, durant cette période, un culte était encore desservi à la chapelle.

Ce n’est que le 1er mars 1501 que l’on retrouve mention d’un prêtre officiant à Torcy. Encore n’est-il point « curé » mais simple « chapelain » et il se nomme Pierre Bense.
Le 22 janvier 1503, Torcy devient définitivement une paroisse indépendante et le 1er avril 1505, les fidèles torcéens fêtent l'arrivée de Robert Laër, le premier prêtre « officiel » de la nouvelle paroisse.
Ceci étant, le culte a toujours lieu dans la chapelle car il n’y a toujours pas d'église sur le territoire de la commune et cela va durer jusqu’à …

... 1573: La première église de Torcy

Ce bâtiment situé le long de la rue Chèvre, pratiquement en face de l’actuelle ferme du Couvent, se distingue par son orientation « sud/nord » (au contraire des habitudes). Il est composé d'une nef avec deux transepts, l’un à l’orient, l’autre au couchant. Le portail est au midi et « le fond regarde le septentrion ». A l'intérieur, il y a trois autels et des tableaux représentants les douze apôtres.
Le 27 juin 1574, l’église est dédiée, par Henri de Meignen, Evêque de Dié, à Saint Barthélemy (ce dont personne ne sait pourquoi !) et son jour anniversaire fixé au « dimanche après la nativité de Saint Jean ».
En 1618, Geoffroy le Camus, Seigneur de Torcy et Pontcarré, (voir Zoom La terre torcéenne) lui adjoint une tour clocher qui lors de la construction de l'actuelle église, au 19è, sera la source, ainsi que nous le verrons, de polémiques et pétitions.

La chapelle, bien que ne servant plus, existe toujours. Elle sera achetée, avec d’autres bien, en 1673 par Louis Berrier aux fins que son fils … Louis puissent y établir un couvent de Bénédictines. Le couvent ouvre en 1675 et l’ancienne chapelle devient le lieu de culte interne du Prieuré.
Cela restera ainsi jusqu’à la fermeture du couvent en 1748 où de nouveau la chapelle est désertée. Lors de la révolution, toutes les possessions de l’ex monastère sont vendus comme Bien National et là s’arrête toute connaissance sur la chapelle dont on ne trouve aujourd’hui aucune trace.

Après des années et siècles de bons et loyaux services, mais aussi de travaux d'entretien souvent trop tardifs (la dernière réparation remontant à 1853 avec la réfection partielle de la toiture), l'église est, en 1857, interdite au culte en raison des dangers d'effondrements qu'elle présente. 

Culte en « grange » !

Le service religieux s'effectue désormais dans une grange, louée par la commune, mais hélas trop petite pour contenir tous les fidèles. Il est donc décidé soit de restaurer sérieusement la « vieille » église, soit d'en construire une nouvelle. L'architecte départemental consulté à cet effet, penche pour une construction neuve. Ce qui n'est pas du goût de certains conseillers municipaux qui pensent qu'une construction neuve est une opération bien trop dispendieuse et qui souhaitent, par le biais d'un architecte choisi par le commune, faire procéder à une contre expertise. Ayant obtenu gain de cause, ils vont missionner Monsieur Nail, architecte parisien.
En juillet 1858, l'homme de l'art rend son verdict. Il est identique à celui de son confrère départemental : « il faut démolir l'église et en reconstruire une autre. » Il va même plus loin en ajoutant qu’il serait souhaitable de « vendre les matériaux issus de la démolition aux enchères publiques car ils ne sont pas d'assez bonne qualité pour être employés à la construction d'un nouvel édifice » !

Devant ces avis concordant, la municipalité prend la décision de principe de construire une nouvelle église. Mais ce n'est qu'en Janvier 1861 qu'un terrain, dit « clos du grand hôtel », appartenant à Monsieur Bourgeois et situé en bordure du chemin départemental 17bis (l'actuelle rue de Paris), est choisi. Tout va donc pour le mieux. ... Suite après la galerie d'images ...

Galerie d'images : l'église de Torcy


(dessus à gauche et au centre ainsi que dessous à gauche) Le premier ornement de la place de l'Eglise, alors réservée aux seuls piétons, a été une fontaine qui faisait l'admiration des communes alentours. (dessus, à droite) En 1922, la fontaine sera remplacée par le monument dédié aux victimes torcéennes de la Première Guerre Mondiale. Celui-ci sera transféré en 1966, à côté de Maison Blanche, seconde mairie du bourg, et la place va devenir un parking. (dessous à droite) Cette carte postale des années 1960 montre la nef de l'église Saint Barthélemy


(dessous) Deux vues de la place de l'Eglise dans les années 1960. (à droite) Nous sommes à la fin des années 1960. La place est devenue un parking et le monument aux morts de 1921 a été transféré, en 1966, à côté de la seconde mairie, celle de Maison Blanche. Au premier plan à gauche, ce sont les bâtiments du centre aéré installé dans le Parc des Charmettes. Quant aux bâtiments perpendiculaires à l'église sur le droite, ce sont ceux de la nouvelle école des filles. (à gauchee) L'école des garçons occupe dorénavant toute la surface de l'école construite (au premier plan) à la fin du 19è siècle. Les bâtiments que l'on distingue en arrière plan sont ceux de la Ferme de Saint Germain des Noyers.

Torcy « clochemerle » !

Mais c'est sans compter sur « l'esprit de clocher » de certains qui n'hésitent pas à faire parvenir au Sous Préfet, une pétition contestant la démolition du clocher de la première église !
Si, aujourd'hui, les pétitions sont devenues monnaie courante dans notre vie quotidienne et ont, de ce fait, perdu, pour la plupart, de leur force d'impact, il n'en est pas de même au 19è siècle où ce procédé est un véritable levier de pression pris très au sérieux par les autorités préfectorales. Cette pétition déclenche donc une véritable tempête dans la vie communale et conduit le Maire, Edouard Picquemard, à y répondre de « verte » façon lors d’un Conseil municipal de mars 1861. « Considérant que malgré les diverses délibérations, approbations et adjudications, des membres de la minorité du Conseil, dans le but, publiquement proclamé, d'entraver la décision de la commission municipale et de retarder l'exécution des travaux, d'une incontestable utilité, votés par elle, se sont faits l'auxiliaire de gens dont l'occupation constante est de paralyser les affaires communales, en colportant, et faisant colporter, de cabaret en cabaret, et de porte en porte, une pétition que l'auteur n'a pas cru bon de signer, adressée à Monsieur le Sous Préfet, dans le brut d'empêcher la démolition du clocher…que les motifs ne sont pas sérieux…alors que l'administration a pris des mesures pour que la cloche puisse annoncer, comme par le passé, les heures de travail , de repos et de réunion. Considérant que cette manière de procéder rappelle les jours néfastes de la Révolution de 1848…que les signatures racolées qui se trouvent en bas de cette pétition, fort peu nombreuses, sont, en partie, celles d'enfants ou d'ouvriers étrangers … »

Bref, le Conseil tient bon. L'ancienne église sera démolie et une nouvelle construite. Cependant comme tous les Conseillers municipaux ne sont pas d'accord sur le lieu, le Maire demande, une fois de plus, au Conseil de délibérer sur le sujet. C'est ainsi que vont être rejetées des propositions de reconstruction vers la ferme du Couvent, au Frémoy, place du Jeu de Paume et près de la rue de l’Orangerie.
Le 17 juillet 1861, la décision finale est prise et la somme de 80.976 francs est votée pour la construction de l'Église. Ce financement étant assuré par la vente d'un forêt  donnée à la commune, au 13è siècle par le Sénéchal Ancel de Garlande (voir Zoom Le blason de Torcy)

Est-ce pour autant que les travaux commencent ? Que non ! Ceux-ci ne débutent qu'en 1863. Ils ne sont d'ailleurs pas sitôt commencés par l'entreprise Le Fere, de Rouen, que le Conseil décide, en mai, de changer le devis. Au lieu de mettre un plafond dans l'église, on va construire une voûte en carreaux de plâtre qui donnera « un cachet d'élégance » et une plus grande solidité à la toiture. Ce changement augmente la « note » de 15.000 francs. Et ce n’est pas fini ! Quelques mois plus tard, en août, le Conseil change encore les plans de construction. Au lieu de la forme carrée initialement prévue, la flèche du clocher sera octogonale. Le surcoût est alors de 20.000 francs, soit 25% de plus que le devis initial !

La seconde église prend « formes » ! 

En octobre 1863, une lettre est envoyée à l’empereur Napoléon III pour « solliciter de sa munificence » un bloc de marbre blanc d'environ 3 mètres cubes dans lequel sera taillé l'autel principal de l'église.
Pendant ce temps, l'abbé Méalnes, curé de la paroisse, se procure la somme nécessaire pour décorer les chapiteaux dont chacun porte un nom, celui de son donateur.
Le temps passe et les murs s'élèvent, lentement, il faut bien le dire !

L'architecture de l'édifice imite le style mi-oriental, mi-toscan du 14è siècle dans les voûtes à clefs fleuronnées en carreaux de plâtre, les piliers à triple colonnettes reposant sur d'anciennes bases carrées, les chapiteaux de pierre et le cintrage des fenêtres de l'abside. Le maître autel qui, comme nous l'avons déjà vu, a été taillé dans un bloc de marbre offert par Napoléon III repose sur un soubassement qui daterait du Marquis Colbert (18è siècle). Le choeur est rehaussé de boiseries sculptées et décoré de baies simulées Des bas reliefs, au dessus des portes d'entrée, illustrent la fuite en Egypte, un baptême de Jésus et Jésus remettant les clés à Saint Pierre. Les vitraux représentent la Vierge, Saint Barthélemy et Saint Vincent.

En 1865, on installe, dans le clocher tout neuf, « Anne Victoire », la cloche paroissiale fabriquée en 1779, par les fondeurs Robert et Butel, et retirée de l'ancienne église. Enfin le 25 mars 1865, l'abbé Méalnes bénit l'édifice.
Néanmoins, ainsi qu'en atteste une inscription sur un pilier à gauche du maître autel, l'église n’a été consacrée que le 5 juillet 1888 par Monseigneur de Briey, Evêque de Meaux.
En 1919, un tableau peint par Etienne Mondineu, dédié aux Torcéens morts pour la France durant la Grande Guerre, est placé au fond de l'église, dans la nef latérale droite. Il a comme particularité de représenter des habitants de Torcy dont Monsieur Delanque et Mesdemoiselles Collet et Huardeau qui ont servi de modèles à l'artiste.

L'église a été ravalée et mise en lumière dans le milieu des années 1990. Quant à la « place de l'église » elle est, à l'origine, ornée d'une magnifique fontaine « faisant l'envie des communes avoisinantes ». En 1922, elle est remplacée par le monument dédié aux Torcéens morts durant la guerre de 1914/1918, lui même disparaissant de l’endroit en 1966 (voir Zoom Cimetière et Monument)

Un presbytère "vagabond" !

Le premier presbytère de la commune était situé en bout de la Grande Rue, pratiquement en face de la première église de Torcy. Outre la maison servant d'habitation au prêtre, il y avait aussi quelques dépendances qui, à compter de la Révolution et de la création administrative des communes, vont être loués à l'Archevêché pour y établir la salle municipale et une "maison d'escole".
Lors des grands travaux entrepris dans la dernière moitié du 19è siècle et visant à édifier sur un même lieu, église, écoles et mairie (actuelle place de l'Eglise), le presbytère sera construit sur la gauche de l'église, symétriquement et dans le même style architectural que la mairie. Un jardin (bordé par une grille) le complétait et le séparait de la rue de Paris.
Quand, dans le début du 20è siècle, les élus décidèrent de créer la première "garderie enfantine" (école maternelle d'alors) de tout le secteur, ils choisirent de l'installer dans les locaux du presbytère, transférant ce dernier dans une maison de la rue de l'Orangerie.
A l'arrivée de la Ville Nouvelle, l'archevêché va faire le choix de centraliser sur Noisiel, l'ensemble des desservants des paroisses incluses dans le périmètre Marne la Vallée Val Maubuée. Le presbytère, grâce à la générosité des fidèles et sous l'impulsion de Mr Clasquin, va alors être transformé en salle paroissiale.


Sources consultées pour la rédaction de cet article :

Cet article doit beaucoup aux articles de Mr Jacques Peutat, Adjoint au Maire de Torcy et parus dans les bulletins municipaux annuels de la seconde moitié des années 1960. Il a été complété par la consultation de partie d'autres ouvrages cités en sources dans  Zoom Le Couvent