LE COUVENT DE BÉNÉDICTINES DE LA RUE CHÈVRE

La plupart des ouvrages évoquant l’origine du couvent de Torcy se contentent de reprendre ce qu’en a dit l’abbé Leboeuf dans son « Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris » paru en 1758. A savoir : « créé, en 1674, par l’abbé Louis Berrier ». Nous avions, d’ailleurs, antérieurement, fait notre cette explication. Or, après recherches, il s’avère que si cette information se révèle à peu près exacte, elle n’est pourtant que le raccourci d’évènements plus complexes et, avouons le, assez étonnants.

Mais fixons le décor et ses acteurs !

Tout d’abord, Louis Berrier (ou Berryer) - ci-contre à gauche -. Né en 1616, c’est le fils d’un modeste greffier des eaux et forêts. Doté très tôt d’un certain sens des affaires, il débute sa fortune dans la métallurgie puis la poursuit dans le commerce du bois. Recommandé au cardinal Mazarin, ce dernier l’initie à la finance sous le contrôle de Fouquet. A la disgrâce de celui ci, il se rapproche du grand Colbert qui en fera d’abord une sorte d’exécutant de basses manœuvres (notamment à l’encontre de Fouquet) avant de le nommer directeur des Offices de la Compagnie des Indes, tout comme de l’appuyer dans l’obtention de la charge anoblissante de Secrétaire au Grand Conseil du Roi. Parallèlement à sa réussite, Louis Berrier va acquérir le Comté de la Ferrière, des fiefs à Champsecret, Domfront et Brix (tous domaines situés en Normandie) mais aussi d’autres terres à Nancy, en Bourgogne ainsi qu’un hôtel à Paris. Cependant Louis Berrier a une autre caractéristique : il est d’une grande et sincère piété et il va prélever sur ses biens de quoi construire de nombreux édifices religieux (églises de La Ferrière, Dampierre en 1676, Saires en 1679 et Champsecret en 1681). Cet aspect de sa personnalité devait être, à l’époque, suffisamment atypique pour que Boileau dise de lui

« C’est un homme de piété profonde,
Et qui veut rendre à Dieu ce qu’il a pris au monde »

Marié, en 1640, à Renée Hameau, il aura cinq enfants : Jean Baptiste Louis, Nicolas, Anne, une autre fille et ….

Louis Berrier, né en 1655. Est-ce sous l’influence de son père ou bien est-ce une de ces vocations inexplicables que l’on attribue à l’inné, toujours est-il que dès son enfance, Louis est décidé à consacrer sa vie à la religion. Et comme il est « bien né », il est « pourvu de bonne heure, par le crédit de sa famille, de charges et bénéfices ». C’est ainsi qu’il cumule les postes rémunérateurs de Chanoine de Notre Dame de Paris, archidiacre de Brie, prieur de Perrecy et abbé commendataire1 de Notre Dame du Tronchet, près de Dol de Bretagne.
Mais, il est jeune, vraiment très jeune quand cette dernière charge lui est dévolue en 1671. Il n’a que … 16 ans ! Mineur, c’est donc son père, qui, en son nom et pour son compte, est chargé de percevoir et gérer, jusqu’à sa majorité, tous les revenus de ces nombreuses charges.

Or Louis Berrier père a, à l’égard de la destination de ces revenus, une conception particulière, dérivée de ses propres actes concernant l’utilisation de sa fortune. Il entend que « les biens qui proviennent des fonds ecclésiastiques, après l’exécution des fondations, l’acquittement des charges et l’entretien modeste et honnête des titulaires des bénéfices et administrateur desdits biens ecclésiastiques, doivent être employés pour la gloire de Dieu, le bien et le salut des âmes ».
                                                                                                                                                                                                          Blason des Berrier

Le couvent de Torcy se met en place !

C’est donc en pleine connaissance de ce « que la providence divine a mis entre ses mains (et qu’il a eu soin) de conserver et mettre en réserve » que le 7 septembre 1673, par devant Maîtres Guichard et Moufle, Notaires, il achète, sur Torcy, aux fins que son fils y établisse ultérieurement un couvent de religieuses, « maison, parc et enclos de celle-ci, moulin et étang au dessous dudit parc, trois arpents et demi de prairie en dehors des murs au lieu nommé « les prés de Frambourg » dans laquelle est une source2 d’eau vive qui se conduit dans ladite maison, cour, parterre et jardin d’icelle …(auxquels s’ajoute) le droit de mettre 4 vaches … dans la prairie de Torcy » Tous ces biens provenant de la succession de Jean et Nicolas de la Croix (voir Zoom « La terre torcéenne »)

Quelques mois plus tard, le 28 avril 1674, père et fils se retrouvent en la résidence de Paris de la famille pour signer, devant Maîtres Ferret et Mouffe, un acte où Louis Berrier (le père), agissant es qualités pour son fils, déclare qu’il « donne irrévocablement à Dieu et à l’Église » les biens acquis à Torcy, tout en promettant d’y faire « incessamment préparer et faire faire les choses nécessaires le plus qu’il pourra, pour fonder et établir un prieuré conventuel de religieuses de l’ordre de Saint Benoit ». S’ensuivent les conditions sous lesquelles ce don est fait avec, notamment, la description des privilèges accordés aux fondateurs (à savoir l'abbé Berrier, son père et sa mère, puis après eux, l'aîné de la famille et sa femme) autorisés, entre autres3, à placer dans l’établissement « quatre filles (pour) y être élevées depuis l'âge de 6 ans jusqu’à 16 » étant entendu que cet accueil serait gratuit pour « celles qui seraient appelées à la religion ».

Le 13 juin4 1674, l’Archevêque de Paris accepte la donation et approuve la fondation, à Torcy, d’un prieuré conventuel de l’ordre de Saint Benoit « sous le titre et invocation de Notre Dame et de Saint Louis ».

La double invocation de la Vierge Marie et Saint Louis est pour le moins surprenante. Une dualité peu fréquente pour les couvents et monastères. La raison en est certainement la chapelle de fondation royale placée sous la protection de Louis IX, le futur Saint Louis, dans la forteresse du Côteau, au 13è siècle (Voir Zoom Forteresse et Châteaux). On sait que cette chapelle a échappé à la destruction de la forteresse au 15è siècle et que le culte y était encore desservi au 16è, jusqu’à la construction de la première église de Torcy (voir Zoom Chapelle et Églises) Il est donc probable que cette chapelle dédiée à Saint Louis est devenue, lors de la création du couvent (lequel, rappelons le, était sur les mêmes terres que l’ancienne forteresse) le lieu de culte interne de ce Prieuré. D’où, par respect du passé cette double invocation.

Acceptation et approbation de l’Archevêque étant soumise à l’agrément du Roi, c’est chose faite par Lettres Patentes d’Août 1674.

Étape, de pure formalisme mais cependant passage obligé pour « légaliser » toute cette procédure, son enregistrement par le Parlement de Paris. Ce dernier intervient le 25 mai 1675, et constitue donc la date officielle de création du Couvent de Torcy

Ultime et dernière confirmation, à sa majorité5, l’abbé Berrier confirmera la donation de son père pour son compte.

Sans que l’on connaisse la date exacte (probablement durant le second semestre 1675), les premières religieuses, au nombre de six et en provenance, après consentement de leur Evêque, du monastère sartrois de Saint Calais6, arrivent dans le prieuré torcéen, séparé de l’église communale par la seule rue Chèvre.
Elles sont placées sous l'autorité de la Prieure, Anne Hameau, tante maternelle de l’abbé Berrier et « disent complies7 à huit heures » devant « un autel situé au fond d’une triple abside lambrissée de panneaux peints »
Le 22 Décembre 1682, l'abbé enrichît le couvent en le dotant « d’un morceau du bras de Saint Benoît qu'il avait eu du célèbre M. de Rancé, abbé de la Trappe »
En 1691, la nouvelle prieure est Jacqueline Gerberon

Bossuet et Torcy

A la disparition de Sœur Jacqueline, en 1696, c’est Marie Louise d’Albert de Luynes, petite fille du Connétable favori de Louis XIII, ancienne abbesse de Jouarre, qui devient Mère Supérieure du Couvent de Torcy.
Dès lors les rapports entre l’évêché de Meaux et le couvent, jusqu’alors limitées aux rapports amicaux qui existaient entre l’abbé Berrier et Bossuet, vont connaître une intensification sans rapport avec la modestie de l’institution locale.
La raison : les liens, principalement épistolaires, qui unissent l’Evêque avec deux religieuses de Torcy. Avec elles, il échange plus de 500 lettres8 ! Ce dont on peut s’étonner. Pourquoi un homme aussi célèbre par ses prêches, ses sermons, ses oraisons funèbres, ses ouvrages théologiques passe t-il autant de temps à entretenir une correspondance aussi intense avec deux simples nonnes ?
La réponse tient probablement en ce simple mot : isolement. Bossuet, (ci-contre) bien que connu (il a été, ne l’oublions pas le précepteur du Dauphin, fils de Louis XIV) et respecté, est un homme solitaire. Ses prises de position (notamment lors des démêlées du Roi quant au droit d’ingérence du Vatican dans les affaires de la Couronne, il rédige une déclaration fixant les limites du pouvoir spirituel des Papes et du pouvoirs temporel des Rois) lui ont aliéné une bonne partie d’un clergé traditionnaliste attaché à ses pouvoirs et prébendes et qui entend bien « éliminer l’impudent ».
Bossuet est donc devenu, par la force des choses, méfiant dans ses relations sociales. Et c’est sans doute pour cela, qu’il va choisir comme exutoire à ses propres doutes ou interrogations, une correspondance suivie avec deux religieuses retirées du monde. Avec elles seules, il va aller au delà de son simple rôle de directeur de conscience. En effet, si l’on peut sourire des questions parfois « d’une naïveté enfantine » que les Torcéennes lui adressent, jamais il ne leur en fait grief. Au contraire, il s’attache à y répondre de sérieuse façon, mais, plus encore, il se confie à elles. D’une façon nuancée pour chacune. Respectueux de l’érudition de l’une, il la traite en « amie », conscient de la détermination de l’autre, il choisit le registre d’un affectueux paternalisme. Et, suivant le but recherché, à l’une ou à l’autre, il envoie ses ouvrages, s’ouvre de ses projets, explique ses vues, ses arguments, les raisons de ses actes et paroles, sollicitant leur jugement ou critique.
Et pourtant, hors leur état de bénédictines, tout sépare ces deux « sœurs » !

Sœur Henriette Thérèse et sœur Bénigne

La première, Henriette Thérèse d’Albert de Luynes, est la sœur cadette de la Prieure9. Tout comme son aînée, elle a prononcé ses vœux, le 8 mai 1664, à Jouarre, lors d’une cérémonie où Bossuet, pas encore nommé à Meaux, est venu prêcher.

Lorsque sa sœur prend les rênes de Torcy, elle demande à son autorité, Bossuet, devenu, en 1682, Evêque de Meaux, le droit de la rejoindre. Ce que ce dernier lui octroie tout en lui rappelant qu’elle devra «regarder sa sœur comme sa Supérieure».
Elle décède à Torcy, le 4 février 1699, après une promenade avec sœur Bénigne qui, plus tard, décrira, à Bossuet le caractère « surnaturel » de cette mort en ces termes : « La veille … quoiqu’elle eût naturellement de grandes frayeurs de la mort et des jugements de Dieu, elle se trouvait dans une paix et un repos de conscience qui étaient inexplicables. …. Le lendemain … son cœur semblait s’embraser de plus en plus à mesure que l’heure approchait de l’arrivée du divin Epoux. … (dans la soirée, elle apprend le décès d’un de ses amis) … Cette nouvelle la frappa vivement …. Elle se mit au pied de son crucifix (et) bientôt elle passa de la douleur la plus amère aux sentiments de l’amour le plus tendre …. (elle se mit) à dire des choses ravissantes sur le désir de voir Dieu … Après complies (elle) voulut aller souhaiter la bonne nuit à sa sœur … (elles) s’embrassèrent pour la dernière fois sans le savoir. (Quelques moments plus tard, sœur Bénigne trouve Henriette Thérèse) sans paroles, avec tous les symptômes de la mort peints sur son visage. (Sa surprise lui fait jeter) un grand cri auquel la moribonde témoigna … être fort sensible (avant de perdre) toute connaissance. (Elle) demeura dans cet état jusqu’au lendemain (où) sa belle âme quitta la terre. »
C’est Bossuet qui écrit son épitaphe:
« Elle préféra, aux honneurs d’une naissance si illustre et si distinguée, le titre d’épouse de Jésus Christ en mortification et en piété. Humble, intérieure, spirituelle, en toute simplicité et vérité, elle joignit la paix de l’innocence aux saintes frayeurs d’une conscience timorée.
Fidèle à celui qui, presque dès sa naissance lui avait mis dans le cœur le mépris du monde, elle fut longtemps l’exemple du saint et célèbre monastère de Jouarre.
D’où, étant venu dans cette maison (le couvent de Torcy) pour accompagner une sœur chérie, elle y mourut de la mort des justes, le 4 février 1699.
Subitement en apparence. En effet, avec les mêmes préparations que si elle avait été avertie de sa fin »

La disparition de sa sœur cadette affecte profondément la Prieure qui demande à être relevée de sa fonction afin de pouvoir10 quitter Torcy. Bossuet va tout faire, et avec succès, pour l’en dissuader.

La seconde est née Marie Dumoustier en 1653. Elle s’est marié, en 1667, avec un certain Cornuau. De cette union, nait, un fils, Philippe. 

Devenue veuve, Marie Cornuau souhaite se retirer du monde et entrer en religion. Bossuet, en accord sur le fond y met cependant une condition sur la forme. Elle ne pourra prononcer ses vœux que lorsque son fils sera devenu adulte or comme « il n‘a pas encore l’âge, il n’est pas encore temps de l’abandonner à sa conduite. ». En attendant ce moment, elle est admise à enseigner, comme laïque, les jeunes filles à l’Abbaye de Jouarre.
Ce n’est qu’en 1697, qu’elle entre en noviciat à Torcy et en 1698 (le 22 mai) qu’elle prononce ses vœux sous le nom de Sœur Bénigne, deuxième prénom de l’Evêque de Meaux. Quant à son fils Philippe, Bossuet va, dès lors, en être le protecteur, et même en faire son « homme d’affaires » Sœur Bénigne devient rapidement l’amie et la confidente d’Henriette Thérèse.
A la mort de Bossuet en 1704, elle ne ménagera pas sa peine pour préserver la mémoire de son « père mentor », contribuant, pour une bonne part à la conservation de la correspondance du prélat avec ses deux ouailles.
Elle disparaît, à Torcy, le 27 août 1708, dans les bras de l ‘Abbé Berrier et au terme de deux semaines d’une fièvre intense.

La première est de noble lignée, parle grec et latin, a reçu une éducation poussée et est curieuse de tout.

La seconde, Michelet l’a décrit ainsi de façon quelque peu méchante « C’était une nature passionnée, honnête mais un peu commune. Elle sait qu’elle n’est qu’une petite bourgeoise, qu’elle n’a ni naissance, ni grand esprit, ni grâce, ni monde … (et qui) avait assez de sens pour s’avouer ce qu’elle était »

La première, qui n’avait pas 20 ans à son entrée en religion, n’a rien connu de la vie.

La seconde, devenue sœur à 45 ans a auparavant tenu avec cœur et fidélité ses rôles d’épouse et de mère.

Malgré toutes ces différences, Bossuet sentant en Henriette Thérese une « âme à la hauteur de la sienne » parlera d’elle comme de « sa première fille ». Et bien qu’employant dans ses courriers avec Marie Cornuau un ton plus autoritaire et parfois sentencieux, on sent à travers ses « Chère fille » maintes fois répétés, qu’elle est, sans doute, sa préférée.

S’il est probable que Bossuet se soit rendu plusieurs fois à Torcy, on n’en a la certitude que pour avril 1698 où, arrivé le vendredi 11 au matin, il n’en repart que le lendemain après diner. Durant ces deux jours, il rencontre longuement ses deux « filles » à qui, par l’intermédiaire d’une lettre à Henriette Thérèse, il avait demandé de se rendre disponibles. Durant ce séjour, il évoque avec elles et la Prieure, l’avenir du Couvent. Ce qui se traduit par une intervention auprès de l’Archevêque « afin d’étendre le logement pour les novices et les pensionnaires » car, et l’on retrouve là un Bossuet pragmatique, « il est besoin de loger les pensionnaires de condition (aisée) …ce qui ne contribuera pas peu à la subsistance de la maison ». (suite après la galerie d'images)

  
  
  
  
1er rang - (gauche) Jusqu'au début des années 1970, on pouvait encore voir les murs d'enceinte du couvent des Bénédictines. (droite)L'actuelle rue du Couvent n'existait pas encore (elle ne sera percée que lors de la construction du lotissement du Clos) et le seul moyen de relier la rue de Paris à la Grande Rue et au chemin de Chèvre, est la rue Vignette. Le portail au centre en arrièere plan est un des acces du domaine du couvent. 2è et 3è rangs La ferme du Couvent, depuis longtemps dernier vestige du domaine, va faire l'objet durant près de 15 ans d'une grande opération de rénovation. 4è rang C'est, de nos jours, une M.J.C (Photos © Gérard Burlet 1995 et 2010)

De couvent à « maison pour tous » !

En 1717 le couvent est encore important puisqu'on y compte 40 religieuses, 15 sœurs laïques et deux chapelains. Les revenus en sont alors estimés à 35.000 livres (env. 256.000€ ).
A la mort de Madame de Luynes, en 1728, c'est Andrée Elisabeth Berryer de la Ferrière qui lui succède en devenant la quatrième et dernière Prieure.
L’abbé Louis Berrier, retiré dans son monastère bénédictin de Perrecy depuis 1898, décède en 1738
Le Couvent traverse alors une période de grande pauvreté qui va entraîner sa fermeture et la dispersion de ses ornements en 1748. Les religieuses du Tiers Ordre de Saint Dominique de Rozay en Brie en recueilleront une partie. Le Couvent sera ensuite vendu comme Bien National sous la Révolution.
De ces lieux dont on pouvait encore voir les murs d'enceinte au moment de la construction du lotissement du Clos au milieu des années 1970 , il ne reste plus aujourd'hui que les bâtiments de la ferme qui y était attenante11 et qui, après une restauration de près de 20 ans, sont devenus, dans le courant des années 1980, les locaux d’une Maison pour Tous. Quant au moulin qui en dépendait et qui se trouvait en bas de la rue Chèvre, il a disparu vers 1850. 

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1 Terme issue de « la commende » qui est l'usufruit d'un monastère, d'une église ou d'un évêché accordé par le pape à un ecclésiastique ou à un laïc. Dès le 4è siècle, les autorités ecclésiastiques pouvaient confier ces établissements à un prêtre ou un prélat lui-même privé de son siège. Bientôt l'habitude s'établit que le commendataire perçoive les revenus du siège qui lui est confié. Dès l'époque mérovingienne, les rois et les puissants utilisaient la commende afin de pourvoir leurs obligés de bénéfices ecclésiastiques. En France, à partir du 16è siècle, il est courant de voir des abbayes prises en commende par des laïcs, grands seigneurs ou bourgeois serviteurs de la monarchie, qui perçoivent les revenus sans aucune contrepartie. Ce n'était plus le pouvoir ecclésiastique qui confiait les bénéfices, mais le roi lui-même.
2 Il s’agit probablement de la source qui émergeait sur l’arrière de l’actuel pas de tir à l’arc et dont la réputation de la qualité de l’eau excédait les limites communales. (Voir Zoom Histoires d’Eaux »
3 Les privilèges accordés aux fondateurs comportaient aussi
• une place d’honneur dans le lieu de culte du prieuré,
• un logement (hors du monastère) dans lequel les fondateurs « pourraient loger quand ils voudraient »,
• un droit de sépulture soit dans le lieu du culte, soit dans un endroit défini par l’abbé Berryer (ce privilège semble – car je n’ai trouvé qu’une seule source l’indiquant – avoir été invoqué aux décès, en 1689, de Louis Berrier père et de son épouse, Renée Hameau.)
• choix exclusif de la Prieure
• obligation, pour les religieuses, de célébrer une messe pour le repos de leur âme, le jour suivant de leur décès et, par la suite, tous les ans, au plus tard, deux jours après la Toussaint.
4 « 13 » ou « 3 » car dans le même acte on trouve les deux dates pour le même objet !
5 Si de nombreuses sources parlent de cette confirmation, aucune n’en indique la date. Au XVIIè siècle, la pleine majorité civile, c’est à dire celle autorisant à disposer de ses biens, est fixée à 25 ans sur une grande partie du Royaume, sauf en Normandie où elle est de 20 ans. Les attaches normandes de la famille Berrier étant importantes, on peut donc hésiter entre deux années pour cette confirmation : 1675 (version normande) ou 1680 (version Ile de France).
6 Contrairement à ce que nous écrivions auparavant, il ne s’agit pas de Calais (Pas de Calais) ou de Calès (Dordogne)
7 Prière du soir après les vêpres.
8 300 avec sœur Henriette Thérèse, 200 avec sœur Bénigne
9 Contrairement à l’affirmation que l’on peut retrouver sur certains écrits, et que nous avions antérieurement reprise, ce n’est pas avec la Prieure mais avec sa sœur cadette que Bossuet a entretenu cette importante correspondance (près de 300 lettres). Il n’écrira à la mère supérieure qu’un peu plus d’une dizaine de fois. Cependant dans ces écrits avec Henriette Thérèse, il ne manquait jamais de demander à cette dernière de saluer, pour lui, sa sœur aînée.
10 La nomination de la Prieure étant perpétuelle, seule une demande personnelle d’être relevée de sa fonction peut lui permettre, après approbation de son Evêque de tutelle, de quitter son poste.
11 Selon d’autres sources, les bâtiments de la ferme seraient, en fait, ceux de l’ancien couvent. Bien que cela puisse s’avérer exact, il semble quand même peu probable qu’un Couvent, dont les possessions étaient étendues n’aient pas eu, à demeure, une ferme en charge de l’élevage des animaux et de la culture des terres afin d’assurer la subsistance des pensionnaires. Le plan que nous publions des lieux corroborent d’ailleurs cette hypothèse.

Sources consultées pour la rédaction de cet article et celui sur les églises.

« Œuvres complètes de Bossuet. Lettres de piété et de direction » - 1828, www.histoire-en-ligne.com , « Vente Sotheby’s » Lot 18 – 2007, « Bulletin Volume 6 » Société littéraire et historique de la Brie – 1912, « Bossuet » Louis Dimier – 1937, « Bossuet » Gustave Lanson – 1894, « Mémoire sur la vie et les ouvrages de Bossuet » François Le Dieu – 1857, « Journal Le Correspondant » - 1899, « Le prêtre, la femme, la famille » Jules Michelet – 1862, "Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris” Abbé Lebeuf – 1758, « Essai historique et statistique sur le département de Seine et Marne » Louis Michelin – 1841, “Histoire topographique, politique, physique et statistique du département de Seine-et-Marne” F. Pascal – 1836, « Statistiques du Département de Saône et Loire » Camille Rigault – 1838, « Lettres de Germain Vuillant à Mr Louis de Préfontaine » Ruth Clark – 1951, « Nobiliaire de Normandie » E. de Magny – 1864, « Galla Christana in provincias ecclesiasta » - Monastère de la congrégation de San Mauro – 1741, « Essai historique sur l’influence de la religion en France pendant le XVIIè siècle » Michel Pierre Joseph Picot – 1824, « Les établissements religieux dolois » Michel Pelé – 1975, Archives ecclésiastiques » Archives Départementales de la Sarthe – 1876, « Troisième et dernière encyclopédie théologique » Jacques Paul Migne – 1856, http://www.pixis.org/Genealogie/vie_societale/etapes_vie , http://www.berruyer.fr , « Histoire de l’église du Mans » Paul Piolet – 1863, « L’ami de la religion et du Roi » Journal ecclésiastique, politique et littéraire – 1819, »Dictionnaire historique, critique, politique et moral des bénéfices » Henrique de Chevilly – 1778,.